Une pandémie de haine

Qu’y a-t-il de plus contagieux que la haine ?

Pour s’en protéger, aucun vaccin, aucun remède, aucun confinement : beaucoup d’intelligence, de finesse, de maturité, d’humilité, de connaissance de l’histoire et de l’être humain, des qualités actuellement démodées.

La haine s’infiltre sans bruit, insidieusement, généralement sous le masque de la vengeance ou de la défense « légitimes » ou pour le moins « compréhensibles », de la justice, de la prévention. Elle franchit les frontières, elle pourrit peu à peu les sociétés civiles.

Les prémices de l’actuelle pandémie de haine remontent, en Europe, à l’invasion de la Crimée par la Russie (2013/14), aux troubles politiques internes en Ukraine, puis plus directement à l’invasion de l’Ukraine par la Russie (22 avril 2022). Au Proche-Orient, le coup d’envoi est donné par le massacre de Juifs perpétré le 7 octobre 2023 par le Hamas. Envahis ou massacrés, les peuples s’estiment légitimés à toute réaction. Chaque acte des uns constitue la justification des actes des autres, sans nuances, sans recherche de compréhension des causes.

A vrai dire, des foyers haineux avaient déjà « pré essaimé » aux Etats-Unis, à l’OTAN et dans toute l’Union européenne et ont saboté, dès l’origine, tout effort de paix diplomatique.

Rien n’est plus prolifique que la haine. On assiste maintenant à l’extension inquiétante de cette pandémie dans la société civile elle-même : l’Etat d’Israël rétablit la peine de mort, racisée, pour certains acte commis par des Palestiniens ; la France voit se réveiller dans le peuple le « goût de l’échafaud ».

Combien de temps résisterons-nous à cette dernière tentation ? Après tout, il y a toujours eu et il y a encore dans le monde des Etats qui pratiquent la peine de mort. !… Et même des Etats dits démocratiques ! Il suffira donc de demander son avis au peuple ! Quand on l’aura suffisamment biberonné à la haine, ce peuple – et à la peur ! – peut-être qu’il votera oui à la réintroduction de la peine de mort! … par « amour » de la justice et de la sécurité !… Parce que, en plus, la haine rend sourd, aveugle et idiot !

 

 

 

8 thoughts to “Une pandémie de haine”

  1. La haine n’est sûrement pas propre à notre époque. En témoigne l’ouvrage de Frédéric Chauvaud, Histoire de la haine — Une passion funeste 1830-1930, publié en 2019 (dont le texte est librement disponible sur internet).
    Cela dit, la haine est une forme de violence qui, comme toutes les violences, se manifeste comme une réaction au sentiment d’impuissance et à la frustration qu’implique ce sentiment. Or notre société est une généreuse dispensatrice de sources d’impuissance : face à une concurrence hystérique qui mesure la valeur de l’humain à son seul rendement ; face à la frénésie de normes et de lois que nul n’est censé ignorer mais dont plus personne ne maîtrise toutes les implications concrètes (souvent perçues comme absurde dans des cas d’espèce) ; face à une technologie en développement exponentiel, au sens mathématique de ce terme, chaque innovation venant s’ajouter au capital de connaissances susceptibles d’engendrer de nouvelles innovations (selon le principe des intérêts composés).
    Peut-être faut-il ajouter à cela un effet de l’individualisme : priorité de la loyauté accordée à ses propres convictions (contrairement à des systèmes plus anciens exigeant en priorité une loyauté au groupe ou à la famille). Avec, comme résultat fréquent, une confusion entre la liberté d’expression et la certitude d’avoir raison.

  2. Malheureusement les gens sont de plus en plus influençables et les discours de haine deviennent de plus en plus fréquents. N’a-t-on hélas pas entendu lors d’une émission radiophonique bien connue, deux chroniqueurs qui ne seraient pas choqués que l’on rétablisse la peine de mort ? J’ajouterai qu’en cas de guerre, c’est différent, on se doit de défendre sa partie, sa famille, ses proches. Or, nous ne sommes pas en guerre et l’homme n’est pas tout puissant. Il ne saurait décider si son semblable doit vivre ou mourir.

    1. La pandémie a vu une propagation de haine à haute dose en Suisse, et ce n’était pas très beau. Les non vaccinés, notamment, ont subi les foudres de la plupart des partisans de la doxa. Les blessures ne sont pas toutes refermées. C’est la première fois que j’ai douté de mon pays !

      1. @Jacques Davier: C’est si vrai ! Merci de rappeler ce fait concret (et moche). Mais pas seulement les non vacciné(e)s, aussi les exempté(e)s avec des documents médicaux spécialisés qui décrivent noir sur blanc les risques pour cette catégorie de patient(e)s avec profils particuliers et complexes. Perso, j’ai mis ce document sous très bonne garde à plusieurs endroits (notaire, avocat, famille, etc.) car on ne sait jamais ce qui se trame en coulisses ! Plusieurs boucliers valent mieux qu’un seul tout troué.

        Il aurait fallu une saine et franche « confession » des autorités pour que la « température » baisse, mais elle n’a jamais eu lieu, alors il faut s’organiser optimalement. On peut même carrément dire que les autorités entretiennent ce feu souterrain d’animosité/hostilité. eab

  3. Chère Madame,
    Quelques minutes avant de vous lire, j‘entendais Monsieur de Villepin proposer la lecture de „Les carnets du sous-sol“ de Dostoievski!
    Il ‚y a pas de hasard, il n‘y a que des rendez-vous. Merci de vos analyses

  4. Sur le désespoir conduisant à la haine.

    Lire « la haine et la honte – Journal d’un aristocrate allemand – 1936-1944″

    Ce Journal d’un homme désespéré (traduction littérale du titre original), tenu entre mai 1936 et octobre 1944 par Friedrich Reck-Malleczewen, est le plus manifeste des écrits de cet  » émigré de l’intérieur  » : il s’y insurge ouvertement et crûment contre un régime qu’il exècre, crie la haine que les nazis lui inspirent et sa honte devant ce qu’ils font de l’Allemagne et des Allemands. Incroyable de prescience, il annonce que la défaite est inéluctable. Arrêté pour ne pas avoir accepté de s’enrôler dans la Volkssturm, il est emprisonné puis interné à Dachau où il meurt en janvier 1945.

    Perrin / Tempus 2017

  5. Je pense que la haine est liée au désespoir créé par le système. Pour éviter que la haine ne se propage en Suisse, je vous conseille très vivement d’écouter les idées récentes imaginées en France. Voilà le lien : ttps://essentiel.news/wejustice-plateforme-de-lancement-du-5eme-pouvoir/
    Cet article fournit un résumé, mais je vous conseille d’écouter la vidéo proposée concernant la conférence du 20 juin 2026. Sous la vidéo vous trouverez le minutage des différents chapitres.

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