Si vous êtes, comme moi, lecteur du journal « Le Temps », vous aurez découvert, hier 13 mars, en page 11, un article du plus haut intérêt scientifique intitulé « Notre projet scientifique de compostage humain naturel est une première ».
A vrai dire, je ne suis pas sûre que ce soit « une première », puisque, le dimanche 29 février 2020, j’avais lu, lors de l’émission des Beaux Parleurs, la chronique suivante , intitulée « Compostinhumation » qui commençait ainsi :« Sans doute avez-vous appris comme moi par la presse de début janvier que l’Etat de Washington vient d’admettre, en tant que pionnier, le compostage humain, c’est-à-dire le recyclage des corps des défunts en engrais naturel. Je ne plaisante pas. »
Certes, à la question du journaliste du Temps du vendredi 13 mars 2026 :« est-ce que vous vous basez sur des expériences déjà menées dans d’autres pays ? », le professeur lausannois supervisant l’expérience dont le but est de « déterminer si ce procédé de transformation des corps pourrait être proposé dans le futur comme alternative à l’incinération et à l’inhumation » a répondu ce qui suit : « Le compostage humain en milieu confiné dans un caisson et contrôlé est lui déjà légalisé dans plusieurs Etats des Etats-Unis, mais il a un coût énergétique… Cependant nous, nous étudions directement cette finalité, avec un but scientifique… ».
On apprend alors dans l’article du Temps que l’Université de Neuchâtel a fait une expérience avec des corps de cochons laissés dans un bois pour observer leur décomposition. Mais un problème tient au fait que, je cite « les cochons ne fument pas », qu’on ne connaît ni leur « statut diabétique », ni « leurs maladies cardiovasculaires » et que « ils ne mangent pas la même chose que nous ». Sur ce dernier point, entre nous, on pourrait facilement corriger le tir puisque les porcs sont, comme nous, omnivores !
Mais revenons à ce projet scientifique qui est une « première ».
Je prétends, en toute immodestie, avoir fait un premier tour des problèmes dans la chronique de 2020 – publiée dans le petit livre « Grain de sable » paru à fin 2025 – en écrivant notamment ce qui suit :
« Il faudra… déterminer quelle catégorie de corps conviendra mieux à tel ou tel genre de terre ou à telle ou telle culture.
» Pour un sol pauvre, on recommandera des morts gras. On choisira évidemment les nains compostés pour la culture des choux de Bruxelles, dits aussi « petits choux » ; on privilégiera les diabétiques pour la culture de la betterave sucrière et les blondes pour le blé.
… Certaines familles risquent d’être plus demandées que d’autres, ce qui pourrait nuire à l’égalité et justifier une compensation par des taxes personnalisées de compostage.
… Certains morts ne pourront pas être compostés dans la mesure où la cause du décès serait une maladie très contagieuse, telle l’Ebola… On retrouvera donc une ségrégation après le décès, ces macchabées-là étant classés « inutilisables ». Peut-être faudra-t-il prévoir une extension de la norme pénale anti-discrimination pour éviter les appels à la haine et au mépris.
Pour des raisons de santé publique, il va de soi qu’il faudra aussi vérifier si la consommation régulière et souvent abondante de médicaments ne risque pas d’être à l’origine d’une pollution chimique du sol pire encore que les actuels pesticides. Il faudra donc des compostés certifiés « bio ».
…. Enfin, pour finir sur une note plus joyeuse, on imagine avec un certain attendrissement les jardinets individuels dont chaque carreau, chaque arbre, chaque buisson portera un écriteau avec le nom de l’engrais utilisé. Ce sera les géraniums tante Gémina, les scorsonères Grand’Mère, les radis Oncle Picsou, les courgettes Suzette, les cardons Macron… »
Et je vous fais grâce du reste. L’imagination n’a pas de limite, même quand il s’agit de la science…