Certains partisans de la neutralité hésitent à voter OUI à l’initiative sur la neutralité, à cause de la précision relative à l’armée. On peut comprendre leur dilemme puisque, pour eux, il y a une sorte d’antinomie entre la volonté de paix que la neutralité concrétise et l’idée de guerre liée à l’armée.
Il vaut donc la peine de regarder de plus près ce que signifie en réalité « neutralité armée ».
Une preuve d’honnêteté et de respect des autres
En droit international, la neutralité a mauvaise presse, notamment d’ailleurs parce que d’aucuns veulent y voir un esprit de « profiteur ». Aucun Pays – et en particulier au cœur de l’Europe – n’est à l’abri d’une guerre « européenne », c’est-à-dire entre des États sis en Europe, le conflit russo-ukrainien en étant hélas une preuve actuelle. Or, s’il n’a pas une armée crédible, un État doit se placer sous le « parapluie » des autres, les laissant supporter seuls le poids du sacrifice financier de l’armement, voire du sacrifice de la vie de leurs soldats. C’est exactement d’ailleurs ce que les États européens membres de l’Otan ont fait par rapport aux États-Unis, et on en voit les conséquences actuelles. Non seulement, ils sont méprisés par les États-Unis mais ils doivent investir des montants hallucinants pour « rattraper leur retard ». Ils sont en outre dans l’incapacité de parler de paix avec la Russie qui les méprise elle aussi profondément. Ils laissent ainsi le champ libre à la colonisation américaine tout en poussant à l’escalade pour faire croire à l’efficacité de leur volonté de défense. La situation est catastrophique.
En précisant que sa neutralité est une neutralité « armée », la Suisse s’engage expressément à faire les sacrifices financiers et humains éventuellement nécessaires à sa propre protection: la formation d’une armée exige non seulement l’acquisition, voire la fabrication des armes, mais aussi l’obligation de servir, donc de consacrer du temps pour la formation militaire c’est-à-dire pour la constitution d’une armée crédible capable d’assurer, dans toute la mesure du possible, la protection de la communauté où l’on vit et que l’on aime. Il serait bien égoïste de ne compter que sur les autres pour s’éviter ces sacrifices de temps, d’argent, de confort, éventuellement de vies.
L’armée d’un État neutre a une nature particulière : elle ne peut être que défensive
Un État neutre n’attaque pas un autre État. Cette particularité est fondamentale ; elle exclut toute velléité de conquête d’un autre pays, de colonisation. Son armée n’est pas du tout offensive.
Ce caractère exclusivement défensif a encore une autre conséquence :
L’armée d’un Etat neutre n’a pas besoin d’être professionnelle, elle doit au contraire n’être qu’une armée de milice.
Une armée professionnelle doit être sans cesse occupée et l’État qui l’emploie cherche mille « bonnes » manières de l’occuper. Combien de guerres sanglantes et… de prétextes politiques pour occuper une armée professionnelle ? Une armée de milice, elle, est constituée pour l’essentiel des forces qui assurent normalement tout le fonctionnement civil et économique du Pays. Quand cette armée est mobilisée, c’est toute la « vie civile et économique du Pays » qui risque de devoir être réorganisée pour éviter la paralysie. On y réfléchira donc à deux fois avant d’être des « va-t-en-guerre ».
En résumé : En précisant qu’il s’agit d’une neutralité « armée », l’initiative exprime clairement que notre volonté de disponibilité pour la paix ne se concrétisera pas aux dépens et aux frais des autres États.
Une neutralité armée ne peut être que défensive ? Oui, entièrement d’accord.
Mais attention à cette notion de « milice ». La complexité actuelle et croissante de l’armement actuel des armées des pays qui entourent la Suisse (au sol et dans les airs, drônes, etc) demande aujourd’hui une formation permanente qu’une école de recrue et des cours de répétition ne peuvent bientôt plus garantir.
Vous oubliez l’IA…
Pensez-vous à l’IA F 35 ?
Excellent article. Chaleureux merci !
Lucienne R-
Excellent. Je me suis permis de diffuser l’article sur Facebook.
Voilà un avis très intéressant concernant le texte de l’initiative sur la neutralité :
ttps://www.youtube.com/watch?v=bKi3snqAMh4
«Si les citoyens disent oui, le monde n’en sera pas pour autant plus pacifique»
Selon l’historien suisse Thomas Maissen, la proposition de l’UDC ne pourrait pas fonctionner. Il juge la campagne «hypocrite».
C’est l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 qui a été à l’origine de cette initiative.
Les partisans de l’initiative laissent entendre que quiconque s’oppose aux guerres ou à une implication de la Suisse dans un conflit armé doit soutenir cette initiative. Or, si les citoyens l’acceptent, le monde n’en sera pas pour autant plus pacifique. Et cela, les auteurs s’en moquent éperdument. Par ailleurs, la neutralité figure déjà dans la Constitution fédérale en tant que moyen et instrument de la politique étrangère. Mais pas en tant que finalité.
Il serait illusoire de prétendre que la neutralité ou l’armée suffiraient à elles seules à préserver l’indépendance de notre pays. La politique étrangère suisse doit reposer sur des bases solides et pouvoir tirer parti des marges de manœuvre dont elle dispose. Avec ce texte, l’UDC tente de restreindre la marge de manœuvre du Conseil fédéral.
«Nous ne sommes plus neutres, car Poutine l’a dit», on se place alors inutilement dans une position de faiblesse et on se rend dépendant de l’étranger.
La neutralité figure déjà dans la Constitution. L’initiative vise à remplacer sa forme actuelle, qui a fait ses preuves et est relativement pragmatique, par une neutralité intégrale. La Suisse a-t-elle été épargnée par la Seconde Guerre mondiale grâce à celle-ci? Certainement pas.
La Belgique et les Pays-Bas étaient eux aussi neutres en 1940. Pourtant, Hitler les a envahis afin de soumettre plus rapidement la France.
La neutralité fait l’objet d’une réelle reconnaissance à l’étranger lorsqu’il s’agit de «bons offices», par exemple dans le cadre de la crise en Crimée ou en Iran. D’après mon expérience, les pays étrangers perçoivent toutefois souvent la neutralité suisse comme égoïste, égocentrique et dépourvue de solidarité. Il existe donc un écart assez important entre la perception interne et la perception externe.
Pendant la Seconde Guerre mondiale le CICR n’a pu fonctionner que parce que la Suisse était neutre. C’était égoïste ?
@HUBERT LAVIGNE
La neutralité suisse a failli ces dernières années puisque notre Conseil Fédéral a appliqué une neutralité à géométrie variable. Rappelons qu’elle a pris des sanctions contre la Russie suite à l’invasion de l’Ukraine par cette dernière mais qu’elle n’a pris aucune sanction contre Israël. Peut-être allez-vous nous dire comme Monsieur Cassis lors de l’émission Infrarouge qu’il s’agit là d’une guerre civile ?
Il faut parlez de ci qui brûle les lèvre de tous les opposants, soit les sanctions ! Bien morales et antineutralité ! Adoptées pour la première fois par la Suisse, hors ONU, contre la Russie, sur les ordre de l’Oncle Sam ! La Neutralité figure dans la Constitution à deux reprises, soit lorsque le Conseil fédéral et le Parlement doivent la protéger, tout comme l’indépendance et la sécurité extérieure (art. 173 et 185). C’est un outil ? La Constitution ne le dit même pas ! Et personne n’en parle comme d’une finalité ! L’initiative vise justement à inscrire une définition, de sorte à court-circuiter le Conseil fédéral, le meilleur ennemi de notre Neutralité ! En effet, en adoptant les sanctions contre la Russie en 2022 il a flingué propre en ordre la Neutralité, et les bons offices avec ! Restreindre la marge de manœuvre du CF est donc le but, afin de l’empêcher de nous jeter dans le goufre ! Par ailleurs votre exemple de la Belgique et de Pays-Bas en 1940 prouve justement à quel point la neutralité armée, et rien d’autre, nous à protégés face au fou furieux d’outre-Rhin ! Cordialement
Vous avez bien recopié l’article de M. Maissen, dont l’opinion vaut ce qu’elle vaut. Historien finlandais autant que suisse, avec tout le contentieux existant entre la Finlande et la Russie, qui voit l’abandon de la neutralité finlandaise comme tout à fait logique. Il verra certainement l’abandon ou la perversion de celle de la Suisse de la même manière.
En effet, cette neutralité « intégrale » est en réalité une idéologie impraticable.
L’idée des opposants de rappeler que la neutralité est perçue comme égoïste en dit long sur leurs intentions.
Je rappelle tout de même, qu’à part 2 ou 3 pays, tous les pays européens étaient neutres en 1938. On peut y ajouter les Etats-Unis.
Donc si l’on comprend bien ce ne fut pas egoïste de la part de Mussolini de rejoindre les nazis au lieu de rester neutre….L’Italie s’en serait bien mieux sortie en restant neutre.
Ce qu’il y a d’intéressant, c’est que ces pays européens étaient neutres par déclaration uniltérale de leur part alors que la Suisse est neutre depuis 1815 par obligation internationale!
Entièrement d’accord avec vous. Etre neutre, c’est ne pas prendre parti et rester au dessus de la mêlée. Cela permet de rester utile. Car, dans un conflit, c’est rarement « noir » ou « blanc » mais souvent bien plus compliqué.
Par ailleurs, les notions de « bien » et de « mal » n’ont pas cours en géopolitique: les Etats n’ont pas d’amis mais des intérêts. Donc quand les intérêts le justifient, on emballe tout cela dans un narratif au nom du bien afin que la population suive.
Ainsi, les amis d’hier deviennent les ennemis de demain. L’Europe a finit par le comprendre avec les USA. La Suisse est top petite pour se permettre ce genre d’erreurs. Et quand on évoque un partenariat avec l’OTAN, la neutralité n’existe plus. La Suisse va tout simplement se dissoudre dans quelque chose qui la dépasse.
Et à ceux qui pensent qu’il n’y a pas de choix car nous sommes trop petits, c’est précisément notre taille qui nous permet de maintenir cette neutralité. Une grande puissance ne peut pas le faire par définition car sa puissance en fait une des parties.
Sur la question militaire, les choses sont plus complexes. Les évolutions technologiques font que des petits pays résistent au plus grands. Il faut donc une armée mais revoir profondément la stratégie vu les nouvelles technologies. Acheter des F35 ne nous servira pas à grand chose surtout s’il faut demander la permission au fournisseur avant de décoller.
Finalement, la neutralité n’est possible que si nous gardons une certaine indépendance notamment dans le domaine numérique et énergétique. Nous avons parfois laissé entrer le loup dans la bergerie et il est temps de rectifier le tir.
Et c’est préciséement la petite taille de la Suisse qui nous offre cette opportunité: avec les nouvelles technologies, la loi de la démographie dans le domaine militaire est moins déterminante. Et la Suisse regorge de talents dans les nouvelles technologies. Il est temps de les utiliser car nous ne pouvons pas continuer à prétendre à une neutralité si quelques hackers arrivent à nous mettre à genoux comme c’est arrivé récemment.
Avec l’angle de la neutralité, on comprend peut-être pourquoi il y a eu une telle opposition lors de la votation sur le Gripen, alors que cela n’était pas vraiment le cas pour les F35.
En effet, la Suède était aussi neutre à l’époque, et le renforcement des relations entre pays neutres a souvent suscité une forte répulsion chez les partenaires de l’OTAN, qui prétendent au monopole dans les partenariats de défense en Europe.
Acheter des F35, c’est acheter une forme de soumission (d’ailleurs très coûteuse en comparison avec le Gripen), donc pour cela personne ne s’y oppose, même au sein de la gauche.
Et l’UDC se tait, car c’est de l’argent, avec des compensations financières pour l’industrie suisse…
Donc oui, la neutralité demanderait une forme de défense armée crédible. Et cela demanderait donc du discernement dans le choix de l’armement. Et une forme de courage politique.
Le F35 semble de prime abord une arme offensive pour les grandes puissances…
Tout cela alors que la défense anti-aérienne suisse est dans l’attente d’une réponse des « alliés » pour la fourniture d’un système défensif performant.
Bref, les « alliés » n’ont aucunement besoin d’une Suisse autonome en matière de défense. Ils veulent la dépendance et la dépense, car tel est leur intérêt!
Et bcp à Berne semblent accepter cette dépendance – par intérêt économique ou par conformisme à droite, et par choix idéologique de former une Europe supranationale à gauche.
Bref, la neutralité, j’y suis favorable – mais sur le plan des choix de l’armée suisse, cela sonne terriblement creux!
Il ne reste que la chaîne des Alpes pour protéger la Suisse.
Le grand malheur c’est que nous n’avons pas acheté les Gripen. Nous aurions un bon avion et sans puce électronique à l’intérieur qui permet de clouer au sol les F35 si la Suisse voulait s’en servir pour des missions qui ne plaisent pas à Washington. De plus, les F35, on les paye. Il y a des dépassements de budget. ET ils ne seront JAMAIS livrés. Le CF a été OBLIGÉ d’acheter ces fers à repasser volants suite à des chantages de Biden après sa réunion avec Poutine à Genève en 2021. C’était ça où on retirait la licence aux banques suisses aux USA. À noter une chose: la campagne anti Gripen avait été menée par une bande de gauchistes antimitaristes GSSA et Verts. Si on veut une preuve que ces gauchistes sont un instrument d’oncle Sam…
Excellent bîllet chère Madame Sandoz, je suis avec vous sur toute la ligne..Donc, rien à rajouter..tout est dit.
Bravo et merci beaucoup !!
Il est intéressant de lire la réflexion du Pr Uli Windisch paru dans la rubrique « Opinions » du site internet du Temps sous le titre remarquable « Pourquoi Guillaume Tell défendrait instinctivement la neutralité » :
ttps://www.letemps.ch/articles/pourquoi-guillaume-tell-defendrait-instinctivement-la-neutralite/gifts/z1LMmYD3hJwuJy6c6tjUuXKfGNreRPqt3w7HvoMy
La preuve la plus évidente de l’efficacité de la neutralité il faut aller la chercher dans l’Histoire de la Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale et particulièrement dans l’incroyable travail effectué par le CICR. Seulement pour cela il faut revenir sur la façon et le rôle de ceux qui ont diffusé cette histoire ces dernières années. En effet on s’est focalisé sur le fait que le CICR, au courant de l’Holocauste, n’a pas divulgué cette connaissance au grand public mais seulement aux Alliés et dès lors peu de monde connaît vraiment les chiffres du travail réalisé, les voici:
430000 tonnes de secours furent distribués soit 90 millions de colis individuels
Le CICR reçu 59 millions de plis et en expédia 61 millions
11000 visites de camps ont été faites
Le CICR dut intervenir très rapidement et de façon considérable. Aux mois de mai-juin 1940, en moins de 6 semaines 1 700 000 soldats et officiers français furent capturés et transferés progressivement dans les stalags et les oflags, les camps de prisonniers de guerre allemands
La logistique fut très lourde, 2000 wagons furent mobilisés chaque mois
Le CICR affrétait des navires pour le secours. Entre 1941 et 1945 43 navires effectuèrent 383 voyages avec près de 1 million de tonnes de secours
Ces chiffres proviennent du livre de Marc-André Charguéraud, spécialiste de l’Holocauste, engagé volontaire dans la France Libre.
Le livre: L’étoile jaune et la Croix-Rouge
Tout cet immense travail n’a pu s’effectuer qu’en raison de la neutralité, sans cette dernière aucun délégué n’aurait pu parcourir le monde en guerre. Pour vous en rendre compte lisez le livre du Dr Junod « Le Troisième combattant ».
Bravo Christian Favre d’avoir rétabli la vérité sur le CICR et rectifié les diffamations qui salissent cette belle institution, qui gêne Israël dans les atrocités que cet état commet en Palestine.
La distinction entre neutralité armée et neutralité désarmée est souvent escamotée dans le débat, alors qu’elle est décisive. L’argument selon lequel une armée de milice rend la guerre plus difficile à envisager, parce qu’elle mobilise la vie civile et économique du pays, mérite d’être pesé sérieusement face aux expériences des États qui ont délégué leur défense. Reste à savoir si l’initiative, telle que rédigée, traduit réellement cette conception ou si elle ouvre d’autres effets moins maîtrisables.