Un Canton à la dérive?

Les Vaudois ayant accepté majoritairement une réduction de 12% de leurs impôts cantonaux, le Conseil d’Etat pleurniche et les services publics annoncent un chantage par la grève en cas d’atteinte à leurs « droits financiers ». Mais plus personne ne s’intéresse aux pertes subies à cause des erreurs de l’Administration et même peut-être du Conseil d’Etat à cause de l’affaire du bouclier fiscal. Personne ne s’intéresse à l’avancement éventuel de cette « enquête spontanée » sans doute contre inconnu et sans grief connu, ouverte par le procureur, M. Kaltenrieder. Plutôt des larmes de crocodile et du chantage que de la clarté ! Cette situation est désolante. Peut-être n’y a-t-il eu que des erreurs, ce que je crois volontiers, car je déteste la présomption de mauvaise foi, mais si c’est le cas, est-on certain d’avoir corrigé le mécanisme éventuellement grippé dans un fonctionnement du Conseil d’Etat – ignorant tout de la manière d’agir de certains de ses services publics et peut-être plus particulièrement in casu de son Administration des impôts ?

Il faut reconnaître que la mode actuelle desdits services publics de recourir au chantage de la grève à la moindre contrariété ne simplifie pas la tâche du Conseil d’Etat. Aurions-nous vraiment perdu l’habitude de la concertation intelligente à cause du goût des spectacles ou de l’influence des Etats voisins ?

 

 

Après la bataille

Comme 30% des citoyens ayant voté, je suis, ce matin, un peu triste et déçue, mais pas désespérée.

Pas désespérée

Pas désespérée, parce que cette campagne a été l’occasion de rencontrer des concitoyens magnifiques de courage – je pense notamment à ceux de nos anciens ambassadeurs qui sont intervenus dans la « bataille », qui ont osé, dans leurs écrits, dire la vérité qu’ils ont vécue sur le terrain. Espérons que nos ambassadeurs encore en place resteront lucides et efficaces, même si le devoir de discrétion ne leur permet pas encore de dire la vérité en public.

 

Pas désespérée, parce que nous sommes en démocratie et qu’aucun membre de l’exécutif ne se fait élire à vie et, en outre, parce que nos exécutifs sont collégiaux, le Conseil fédéral en particulier ; la constitution lui impose expressément de « prendre ses décisions en autorité collégiale » (art. 177 al. 1er). La composition du collège fédéral peut varier au moins tous les quatre ans, sinon en cours de législature déjà du fait de démission(s) anticipée(s).

J’avoue être un peu plus inquiète en ce qui concerne le Parlement dont les membres se professionnalisent de plus en plus, offrant ainsi une bien meilleure prise aux lobbies de toute catégorie, y compris d’influence étrangère, que des miliciens. Le renouvellement des Chambres tous les quatre ans n’est pas une garantie de changement vers le mieux et ce d’autant plus que les moyens techniques actuels favorisent plus le spectacle et le poids économique que la réflexion politique.

 

Pas désespérée parce que notre Pays n’a jamais été très fort en matière de politique internationale.  L’histoire le prouve. Sa petitesse et sa prospérité inversement proportionnelle excitent la jalousie, voire l’appétit de ses voisins proches ou moins proches et les pressions son parfois presque irrésistibles.  Mais il a néanmoins tenu le coup, parfois en tâtonnant, depuis plus de deux siècles, grâce à une neutralité reconnue et garantie dans l’intérêt des nations européennes toujours tentées, par orgueil de leurs chefs, d’être en désaccord belliqueux, puis probablement dans l’intérêt de toutes les nations, tant il peut être utile de garder dans le monde un petit îlot où l’on pourra toujours assurer l’accueil des chefs d’État désireux, sans être jugés, de trouver un chemin vers la paix.

Une campagne sur la neutralité empoisonnée par les futures élections fédérales

La campagne relative à l’initiative sur la neutralité est vraiment désolante de médiocrité notamment de la part des « opposants ». Fois après fois, c’est le même leitmotiv : « Il faut rejeter l’initiative de l’UDC », « il faut dire Non à l’initiative des millions de M. Blocher ». Mais pourquoi donc réduire un vote sur un sujet aussi passionnant et fondamental que la neutralité à un déferlement de haine, de mépris et de présomption de malhonnêteté des auteurs puis des partisans de l’initiative ?

Dans un Pays dont la neutralité est constitutive de son existence internationale tant politique qu’économique, on peut attendre un débat honnête et passionnant au sujet de la conception que l’on peut avoir de cette valeur fondamentale. Que l’on en ait des définitions et des interprétations différentes, c’est parfaitement légitime ; les choses changent, l’environnement international se modifie – très rapidement. Discuter une fois clairement de la neutralité, de ses avantages et de ses inconvénients, des difficultés que cause son respect dans un monde binaire (les Bons contre les Méchants !) et le faire ouvertement, lors d’une campagne référendaire, ne pourrait que forcer l’admiration de nos voisins et leur montrer la force et la valeur de notre démocratie directe, peut-être même leur faire comprendre pourquoi nous y tenons.

Mais offrir le spectacle de ces invectives et de la part d’un monde politique « officiel » qui dit « NON » à la neutralité, c’est une sorte d’opération suicide.

Alors comment avons-nous pu tomber si bas ?

Personnellement. Je vois une explication immédiate : parce que, l’année prochaine, il y aura des élections fédérales et que se posera alors la question de l’influence des Partis politiques. Il ne faut absolument pas qu’une acceptation de l’initiative UDC risque d’entraîner un accroissement  du nombre de sièges de ce parti. Or tous les autres Partis sont concernés. D’abord, évidemment, les deux rivaux, Centre et PLR, qui sont en concurrence directe pour le Conseil fédéral, mais aussi, naturellement, les socialistes et les autres petits partis de gauche ou du centre qu’une droite gagnante à travers l’UDC pourrait affaiblir. Donc, haro sur l’UDC et zut pour la Neutralité. Après tout, il lui reste, à cette neutralité, deux petites allusions dans la constitution fédérale, en rapport avec la Sécurité extérieure de la Suisse, sous la forme « Le Conseil fédéral prend des mesures pour préserver… la neutralité de la Suisse » (art. 185 al. 1er) et « L’Assemblée fédérale… prend les mesures nécessaires pour préserver la neutralité de la Suisse » (art. 173 al. 1er let. a). C’est bien suffisant ! On ne va pourtant pas risquer de perdre un siège au Conseil fédéral  et quelques-uns aux Chambres pour mieux définir quelque chose dont dépend notre sécurité extérieure alors qu’on a tant d’Amis en Occident et dans le monde qui nous veulent du bien !

Pourvu que le ridicule ne tue pas !

 

Lettre ouverte au Conseil fédéral à propos de la neutralité

Monsieur le Président de la Confédération,Mesdames et Messieurs les Membres du Conseil fédéral,

C’est le cri presque désespéré d’une vieille citoyenne que j’essaie de vous faire entendre avant le 27 septembre prochain. Merci de ne pas l’étouffer d’entrée de cause.

Avez-vous réfléchi au message que donne à l’international votre incitation à voter NON à l’initiative sur la neutralité ?

Vous savez bien évidemment que la neutralité est sans doute la seule question politique de notre Pays qui intéresse les autres États du monde, car elle est partie intégrante et de notre rayonnement politique et de notre prospérité et ce pour une raison principale, c’est qu’elle nous permet de bénéficier d’une présomption de bonne foi : nous ne « travaillons en sous-main pour aucune puissance étrangère camouflée ». Nous ne sommes pas, en soi, une « puissance » du point de vue des rapports de violence, ni une menace « envahissante », au sens démographique du terme. Mais nous sommes fiables ainsi que le prouve notre fidélité à notre parole donnée de neutralité.

Que peut signifier alors, pour les Etats étrangers – que notre « importance internationale », tant politique que commerciale et économique, irrite au plus haut point -, cette incitation que vous formulez, en tant que Gouvernement fédéral, à voter NON à une initiative sur la neutralité, sinon que vous êtes prêts à abandonner cette neutralité ? Car – et vous devez bien le savoir – à l’étranger, on ne se préoccupe pas des « finesses » que devrait illustrer votre explication selon laquelle la formulation du texte de l’initiative diminuerait votre nécessaire marge de manœuvre quand il s’agit de prendre des mesures indispensables à la protection du Pays ou à sa crédibilité dans le monde. A l’étranger, la lecture de votre attitude est la suivante : « le Gouvernement suisse ne veut plus de la neutralité ».  D’ailleurs, c’est déjà ce qu’avaient cru comprendre et avaient donc claironné notamment M. Biden et M. Poutine, en 2022, au moment des sanctions contre la Russie après l’attaque de l’Ukraine ; ils avaient proclamé alors : « La Suisse n’est plus neutre ».

Les Gouvernements étrangers peuvent préciser maintenant : « La preuve, son Gouvernement s’oppose à un article constitutionnel ancrant les principes de base de la Neutralité ». Un vote négatif le 27 septembre serait une preuve supplémentaire de notre abandon de la neutralité même si subsistent, dans la constitution  fédérale les art.173 al. 1 let. a et 185 al. 1er consacrant respectivement la compétence de l’Assemblée fédérale et celle du Conseil fédéral pour « prendre les mesures nécessaires pour assurer l’indépendance et la neutralité de la Suisse ». Personne à l’étranger n’a jamais lu ces articles-là, repris d’ailleurs de la Constitution de 1874.

Et que se passera-t-il si – par bonheur – l’initiative sur la neutralité est approuvée le 27 septembre ? Qui, à l’étranger respectera encore un Gouvernement collégial (7 membres) désavoué par la majorité de son peuple et des Cantons ? Vous aurez perdu la confiance de vos concitoyens et le Pays aura perdu toute crédibilité à l’étranger, en tous les cas jusqu’aux élections de l’automne 2027 et c’est long, une année sans crédibilité sur le plan international. Cela causerait beaucoup de tort à notre Pays.

Au stade actuel, afin de limiter les dégâts et peut-être de sauver la face, la seule attitude serait  au moins de ne pas prendre part à la campagne en précisant que c’est par respect pour la liberté de décision des citoyens et des Cantons. Il faut parfois beaucoup d’humilité et de patriotisme pour se taire !

 

 

 

 

 

 

Une neutralité armée ?

Certains partisans de la neutralité hésitent à voter OUI à l’initiative sur la neutralité, à cause de la précision relative à l’armée. On peut comprendre leur dilemme puisque, pour eux, il y a une sorte d’antinomie entre la volonté de paix que la neutralité concrétise et l’idée de guerre liée à l’armée.

Il vaut donc la peine de regarder de plus près ce que signifie en réalité « neutralité armée ».

Une preuve d’honnêteté et de respect des autres

En droit international, la neutralité a mauvaise presse, notamment d’ailleurs parce que d’aucuns veulent y voir un esprit de « profiteur ». Aucun Pays – et en particulier au cœur de l’Europe – n’est à l’abri d’une guerre « européenne », c’est-à-dire entre des États sis en Europe, le conflit russo-ukrainien en étant hélas une preuve actuelle. Or, s’il n’a pas une armée crédible, un État doit se placer sous le « parapluie » des autres, les laissant supporter seuls le poids du sacrifice financier de l’armement, voire du sacrifice de la vie de leurs soldats. C’est exactement d’ailleurs ce que les États européens membres de l’Otan ont fait par rapport aux États-Unis, et on en voit les conséquences actuelles. Non seulement, ils sont méprisés par les États-Unis mais ils doivent investir des montants hallucinants pour « rattraper leur retard ». Ils sont en outre dans l’incapacité de parler de paix avec la Russie qui les méprise elle aussi profondément. Ils laissent ainsi le champ libre à la colonisation américaine tout en poussant à l’escalade pour faire croire à l’efficacité de leur volonté de défense. La situation est catastrophique.

En précisant que sa neutralité est une neutralité « armée », la Suisse s’engage expressément à faire les sacrifices financiers et humains éventuellement nécessaires à sa propre protection: la formation d’une armée exige non seulement l’acquisition, voire la fabrication des armes, mais aussi l’obligation de servir, donc de consacrer du temps pour la formation militaire c’est-à-dire pour la constitution d’une armée crédible capable d’assurer, dans toute la mesure du possible, la protection de la communauté où l’on vit et que l’on aime. Il serait bien égoïste de ne compter que sur les autres pour s’éviter ces sacrifices de temps, d’argent, de confort, éventuellement de vies.

 

L’armée d’un État neutre a une nature particulière : elle ne peut être que défensive

Un État neutre n’attaque pas un autre État. Cette particularité est fondamentale ; elle exclut toute velléité de conquête d’un autre pays, de colonisation. Son armée n’est pas du tout offensive.

Ce caractère exclusivement défensif a encore une autre conséquence : 

L’armée d’un Etat neutre n’a pas besoin d’être professionnelle, elle doit au contraire n’être qu’une armée de milice.

Une armée professionnelle doit être sans cesse occupée et l’État qui l’emploie cherche  mille « bonnes » manières de l’occuper. Combien de guerres sanglantes et… de prétextes politiques pour occuper une armée professionnelle ? Une armée de milice, elle, est constituée pour l’essentiel des forces qui assurent normalement tout le fonctionnement civil et économique du Pays. Quand cette armée est mobilisée, c’est toute la « vie civile et économique du Pays » qui risque de devoir être réorganisée pour éviter la paralysie. On y réfléchira donc à deux fois avant d’être des « va-t-en-guerre ».

 

En résumé : En précisant qu’il s’agit d’une neutralité « armée », l’initiative exprime clairement que notre volonté de disponibilité pour la paix ne se concrétisera pas aux dépens et aux frais des autres États.