Faute de curiosité (ou d’intérêt) de la part des parlementaires, nous n’avons jamais pu savoir qui, au début du Covid, avait nommé les membres de la Task Force – pour se substituer à la Commission spéciale officielle, déjà existante et entraînée pour les cas de pandémie -, quels étaient ces membres, quel était leur mandat, pourquoi ils n’avaient pas tenu de procès-verbal lors de leurs séances, en bref, quel était leur rôle exact.
Dans un excellent article en p. 2 du journal « Le Temps » du mardi 3 novembre, sous le titre « Comment la science conseille-t-elle les autorités publiques ? », un ex-Directeur d’Unisanté, professeur honoraire de l’Unil, et une responsable de recherche à Unisanté répondent indirectement à ces questions en nous faisant découvrir le mécanisme « scientifique » sur lequel nos autorités fédérales se sont appuyées pendant le Covid pour prendre leurs décisions.
Quand il s’agit de santé publique, les politiques publiques devraient pouvoir s’appuyer sur des données scientifiques solides.
Il peut arriver toutefois que de telles donnée fassent défaut et, dans ce cas, il faut alors, nous dit l’article du Temps, rechercher « un consensus » entre experts et expertes scientifiques. Le dialogue entre spécialistes permet d’identifier les connaissances solides et d’expliciter les questions non encore résolues ainsi que les points où les avis divergent. Consensus ne signifie pas unanimité. Des divergences peuvent subsister, mais elles sont minoritaires.
Parmi les différentes méthodes permettant de conduire au consensus, celle appelée « méthode Delphi », parce qu’inspirée de la Pythie de Delphes, a été choisie « pour faire converger les avis d’un panel de scientifiques pour la vaccination contre le coronavirus (déploiement par étapes selon l’âge, le degré d’exposition et le facteur de risque) ».
Cette méthode Delphi « permet d’impliquer un grand nombre de scientifiques, garantit leur anonymat et favorise la réflexion indépendante ». (C’est moi qui ai mis en gras).
Lorsque se présentent des situations d’urgence, la méthode offre une variante appelée « Delphi rapide » développée à Unisanté
Cette méthode permet d’obtenir un consensus en deux ou trois semaines, mais comme le précise l’article « la composition du panel est déterminante pour la crédibilité d’un tel développement. Les résultats dépendent en effet des profils sélectionnés et il est impératif de réunir des compétences variées et complémentaires.»
Il est clair, comme l’article le précise, « qu’un tel consensus ne doit pas être considéré comme une vérité définitive. Il représente un état des connaissances à un moment donné, mais reste susceptible d’être remis en question par de nouvelles données. Cette capacité à réviser les positions établies constitue l’un des fondements de la démarche scientifique. Ainsi les méthodes de développement du consensus ne produisent pas de nouveaux faits scientifiques, mais offrent un outil précieux pour synthétiser les connaissances disponibles et soutenir une décision politique éclairée. » (c’est moi qui ai mis en gras)
La lecture de cet article du Temps inspire les questions suivantes :
- Les membres du Conseil fédéral étaient-ils d’accord avec le remplacement de la Commission spéciale par ce « panel de scientifiques anonymes » ?
- Les membres du Conseil fédéral connaissaient-ils la méthode du consensus et avaient-ils conscience qu’ils étaient libres de prendre leur décision politique en toute liberté d’appréciation ou peut-être seulement en fonction du principe de précaution et sur la base d’un consentement scientifique et non pas d’une vérité scientifique ?
- Le « consentement scientifique » est-il déjà, en soi, influencé par des réflexions socio-politiques ou est-il exclusivement fondé sur des données scientifiques ?
- Un tel système « scientifique » est-il connu du corps médical en général ?
Au moment où l’excellent film « La hype 2020 revisitée » de Mike Wyniger – lequel révèle précisément les incroyables contradictions des déclarations officielles qui se sont succédé en 2020, film d’ailleurs refusé par les salles officielles vu sa portée politique – est vu par des centaines de personnes, les déclarations relatives à Unisanté et à la méthode « Delphi » sont du plus haut intérêt. Elles pourraient réveiller la curiosité du monde politique voire aider à ébaucher des réponses aux questions relatives à la sévérité des mesures décidées et des sanctions prononcées à l’époque.