La campagne relative à l’initiative sur la neutralité est vraiment désolante de médiocrité notamment de la part des « opposants ». Fois après fois, c’est le même leitmotiv : « Il faut rejeter l’initiative de l’UDC », « il faut dire Non à l’initiative des millions de M. Blocher ». Mais pourquoi donc réduire un vote sur un sujet aussi passionnant et fondamental que la neutralité à un déferlement de haine, de mépris et de présomption de malhonnêteté des auteurs puis des partisans de l’initiative ?
Dans un Pays dont la neutralité est constitutive de son existence internationale tant politique qu’économique, on peut attendre un débat honnête et passionnant au sujet de la conception que l’on peut avoir de cette valeur fondamentale. Que l’on en ait des définitions et des interprétations différentes, c’est parfaitement légitime ; les choses changent, l’environnement international se modifie – très rapidement. Discuter une fois clairement de la neutralité, de ses avantages et de ses inconvénients, des difficultés que cause son respect dans un monde binaire (les Bons contre les Méchants !) et le faire ouvertement, lors d’une campagne référendaire, ne pourrait que forcer l’admiration de nos voisins et leur montrer la force et la valeur de notre démocratie directe, peut-être même leur faire comprendre pourquoi nous y tenons.
Mais offrir le spectacle de ces invectives et de la part d’un monde politique « officiel » qui dit « NON » à la neutralité, c’est une sorte d’opération suicide.
Alors comment avons-nous pu tomber si bas ?
Personnellement. Je vois une explication immédiate : parce que, l’année prochaine, il y aura des élections fédérales et que se posera alors la question de l’influence des Partis politiques. Il ne faut absolument pas qu’une acceptation de l’initiative UDC risque d’entraîner un accroissement du nombre de sièges de ce parti. Or tous les autres Partis sont concernés. D’abord, évidemment, les deux rivaux, Centre et PLR, qui sont en concurrence directe pour le Conseil fédéral, mais aussi, naturellement, les socialistes et les autres petits partis de gauche ou du centre qu’une droite gagnante à travers l’UDC pourrait affaiblir. Donc, haro sur l’UDC et zut pour la Neutralité. Après tout, il lui reste, à cette neutralité, deux petites allusions dans la constitution fédérale, en rapport avec la Sécurité extérieure de la Suisse, sous la forme « Le Conseil fédéral prend des mesures pour préserver… la neutralité de la Suisse » (art. 185 al. 1er) et « L’Assemblée fédérale… prend les mesures nécessaires pour préserver la neutralité de la Suisse » (art. 173 al. 1er let. a). C’est bien suffisant ! On ne va pourtant pas risquer de perdre un siège au Conseil fédéral et quelques-uns aux Chambres pour mieux définir quelque chose dont dépend notre sécurité extérieure alors qu’on a tant d’Amis en Occident et dans le monde qui nous veulent du bien !
Pourvu que le ridicule ne tue pas !