Que l’initiative pour une Suisse à 10 millions d’habitants passe ou ne passe pas, cela ne résoudra pas le problème du manque de médecins

Selon Le Temps du 26 mai (p. 3), « Pour la première fois dans cette campagne, la FMH sort de sa réserve. » Interviewé par Annick Chevillot, M. Philippe Eggimann, vice-président de la FMH, déplore une fois de plus le tragique manque de médecins suisses. Très logiquement, la journaliste interroge : « Alors pourquoi ne pas en former davantage en Suisse ? ». La réponse résumée dans le journal est la suivante : « cela tient notamment aux limitations des places d’études (numerus clausus), au coût de la formation, que les cantons rechignent à assumer, et au manque de places de stage clinique pour les étudiants. »

 

C’est une honte !

Apparemment les cantons « rechignent à assumer » la formation du nombre de médecins nécessaires, maintiennent un numerus clausus (ou est-ce une ukase fédérale ?) – qui aboutit chaque année au rejet d’étudiants ayant réussi leur examen – et contraignent ainsi le pays à enlever des médecins aux Etats étrangers qui ont été d’accord, eux, de financer leur formation !

Quand avons-nous entendu ou lu que des parlementaires cantonaux, voire des élus fédéraux, sont montés à l’attaque de ce véritable scandale politique pour demander, proposer, imaginer des moyens de remédier dans le Pays et à nos frais, à ce manque catastrophique de médecins ? Défenseurs de l’initiative à 10 millions ou pourfendeurs de celle-ci, quand sont-ils intervenus pour réclamer une politique de la santé fondée notamment sur la formation du corps médical nécessaire ? Il est beaucoup plus porteur de s’insurger – sans le moindre effet ! – contre l’augmentation des primes maladie que de demander la levée d’un numerus clausus, la recherche, voire la création de places de stage, peut-être même simplement,  comme on est en Suisse et qu’on  ne commence jamais un grand projet sans une « étude préalable » , une étude de l’ensemble des mesures – et de leur coût –  qui devraient – et pourraient même  peut-être déjà – être prises pour que nous devenions capables d’assumer nos responsabilités en matière de santé domestique. Il conviendrait naturellement de veiller scrupuleusement aux déclarations d’intérêts des membres d’une telle commission d’études. Mais est-ce possible?

 

13 thoughts to “Que l’initiative pour une Suisse à 10 millions d’habitants passe ou ne passe pas, cela ne résoudra pas le problème du manque de médecins”

  1. Il est vrai que nous avons « besoin » de davantage de médecins. Nous avons aussi « besoin » de plus d’enseignants pour les élèves à « besoins » particuliers; et de plus d’installateurs de panneaux solaires pour assurer la transition énergétique; et de plus de conducteurs de bus et de trains pour couvrir nos « besoins » de mobilité.
    On dit que le rire est le propre de l’Homme, ce qui est faux car certains animaux ont des réactions semblables. En revanche, ce qui semble propre à l’espèce humaine, c’est cette capacité d’imaginer comment on pourrait aller plus vite, payer moins cher, voyager plus loin, soigner plus efficacement et vivre plus longtemps. Bref satisfaire des « besoins » qui n’avaient encore jamais existé, mais promptement érigés en autant de droits fondamentaux, dès l’instant où on en a l’idée.
    Un formidable moteur de progrès qui est en train de partir en vrille, car il devient évident que la somme de nos « besoins » dépasse largement la somme des moyens dont on dispose pour y répondre.

  2. Absolument de votre avis … et ce , depuis longtemp..
    C est vraiment  » petit » de la part de nos autorites, d aller chercher des médecins a l étranger pour  » faire des économies de formation » en  » sanctionnant  » nos jeunes etudiants par un numerus clausus injuste !!
    Et que penser aussi du personnel soignant ?!!

    1. Il est extrêmement important de prendre chaque « besoin » en forces humaines séparément car on ne résout aucun problème en les amalgamant tous. C’est une manière de noyer le poisson. En effet, chaque solution implique des démarches, une organisation et des dépenses spécifiques. Or en mettant tous les problèmes dans le même panier général du « besoin en personnel de toutes catégories », on se satisfait très vite de la solution la plus simple pour l’un d’eux. J’étais vraiment heureuse que la FMH ne pose que le problème des médecins car l’organisation universitaire, le numérus clausus et les besoins de places de stage sont un problème en soi nécessitant une réflexion particulière et des mesures politiques propres.Souhaitons que la campagne relative à une Suisse à 10 millions d’hab. puisse être – quel que soit le vote final – l’occasion de faire une recension de tous les domaines dans lesquels la Suisse a un manque de personnel dont elle est « responsable ».

  3. A titre personnel, je ne crois pas que la Suisse « manque de médecins », ni de médicaments.
    La Suisse dépense énormément pour se soigner. Et chaque année cela augmente. Donc la question n’est peut-être pas dans les ressources à disposition, mais dans l’orientation de notre société ?
    Ce qui manque, peut-être, c’est une priorité vers la prévention, à savoir le travail sur les causes de telle ou telle maladie physique, psychique ou sociale.
    La qualité de l’alimentation, le mode de vie, le suivi des pharmacologique des médicaments, la santé psychique et sociale, les maladies professionnelles, etc.
    Et comme le système de santé actuel se nourrit des conséquences – qui sont toutes les maladies à traiter – soyez bien assurés (c’est le cas de le dire) que très peu sera tenté pour en diminuer les causes. Il y a beaucoup d’argent en jeu.
    Donc l’enjeu n’est peut-être pas de former plus ou moins de médecins, mais de prendre un peu de distance, et de nous remettre en question en tant que société.

    1. Bonjour Samy, contente de vous lire à nouveau. Et je vous rejoins 5 sur 5. Dans mon cher pays, seul l’argent compte, donc aucun des acteurs impliqués dans le système n’a intérêt à « économiser » même un chouia. Les beaux discours des uns et des autres n’ont jamais servi à rien, c’est comme de la peinture de piètre qualité qui s’écaille très vite et forcément disparaît aussi vite qu’elle a été posée. Il n’y a aucune vraie et ferme volonté de faire descendre certains Dieux de l’Olympe « système de santé suisse ».

      Et tant que les vaches à lait (les payeurs de primes) ne se révoltent pas, il ne va rien se passer du tout …… et tout ce remue-ménage depuis si longtemps n’est que poudre aux yeux. Donc, si on pense différemment, on agit différemment, totalement en parallèle et on n’informe personne car cela ne sert à rien du tout (perte de temps et d’énergie). Exemples:

      Vous citez le suivi pharmacologique des médicaments: Effectivement, c’est la base d’une saine protection et d’économies substantielles. Donc depuis vraiment très longtemps, je possède toutes mes listes d’interdictions formelles (examens spécifiques de pharmaco-génétique, -toxicologique et -allergologique, intégralement financés de manière privée, sans recours à une quelconque « assurance »). Je ne regretterai jamais ce choix privé et novateur à l’époque, car ces listes me protègent formidablement des tentatives médicales de prescrire n’importe comment et n’importe quoi (en Suisse, c’est une mode délétère mais très bien ancrée de prescrire vite fait bien fait, et surtout sans réfléchir, pour toujours lisser les Pharmas dans le sens du poil).

      Prévention: je bénéficie depuis des décennies d’un protocole de prévention étranger dont je ne révèle pas un quart de virgule en Suisse. Loi du Talion en représailles des sales remarques de médecins qui ne connaissent absolument rien à la spécialité mais qui prétendent toujours tout connaître car ils sont « médecins » et nous de pauvres patient(e)s de routine parfaitement crétin(e)s. En sus, la Suisse est en carence grave de personnel compétent et donc de publications originales (NEJM, Lancet, BMJ etc.) dans le domaine, ne souhaite pas vraiment et sérieusement en former plus et donc le domaine reste encore et toujours le parent pauvre (par rapport à la cardiologie par exemple qui reste le chou-chou des Pharmas). Alors que tout près de chez nous cette spécialité possède des sommités mondialement connues.

      Personne ne veut se remettre en question en Suisse dans le domaine de la santé et toujours gagner plus d’argent reste plus important que d’éduquer sévèrement les patient(e)s à prendre leurs responsabilités (de A à Z et pas seulement de A à E). D’autant plus qu’en Suisse il y a cette insupportable arrogance médicale partout et cette attitude automatique de « soumission » des patient(e)s, qui font toutes deux partie intégrante d’un système bien rôdé, visant exclusivement à augmenter les profits de quelques acteurs (Pharmas, cabinets privés, hôpitaux, laboratoires, etc.) et donc, en corollaire obligé, appauvrir grandement les patients esclaves et payeurs de primes ……

      Il y a très peu d’espoir d’un gros bouleversement dans le système de santé suisse. On fait semblant de ….. ad vitam aeternam (= une forme de maladie chronique), on joue à la frustration chaque année avant les augmentations, on cherche des excuses toujours plus fantaisistes, de facto on NE veut PAS prendre le taureau par les cornes.
      Alors, en qualité de patient(e), on va chercher ailleurs ce qui nous convient parfaitement puisque notre propre pays piétine et fait volontairement du « sur place » depuis des décennies. Et ce pays nous fait honte. Mais encore, en allant ailleurs, on fait bénéficier la recherche de certaines données qui seront ensuite publiées ailleurs (et tant pis pour l’Helvétie).
      Au plaisir de vous lire, eab

      1. Chère Eliane,
        Comment transformer ce système et s’attaquer à ces conflits d’intérêt ?
        Il me semble qu’aucun parti ne s’y intéresse sur le fond, ni aucune corporation, aucune organisation.
        Les patients ne sont représentés par personne, et, donc, ils se serreront la ceinture pour payer les primes, et l’Etat continuera de subventionner, cela va continuer ainsi pour un temps.
        Aucun acteur économique n’a intérêt à changer un système aussi stable et aussi lucratif. Et les patients ont peur de perdre ce qu’ils connaissent, ils se disent que c’est sans doute mieux que dans les pays voisins. En plus, on répète du soir au matin que c’est un des « meilleurs systèmes de santé au monde ».
        Un changement ne viendra que lorsque les difficultés à payer deviendront trop importantes. Dans 5-10 ans, avec la vitesse d’augmentation des primes, le système sera sans doute devenu insoutenable pour beaucoup.
        Alors commencera la foire d’empoigne !

        1. @Samy: Vous posez les bonnes questions et avez une analyse fort complète. Eh oui, il est très difficile voire impossible de changer (vraiment) un tel système totalement gangréné par les bakchichs.
          La peur des patient(e)s petit(e)s et grand(e)s est aussi fort compréhensible. Néanmoins, il faut essayer des autres alternatives. Déjà rien que pour les médicaments beaucoup trop onéreux chez nous (mêmes molécules, mêmes dosages, prix exorbitants en CH). Et personne ne nous oblige d’ailleurs à adopter un autre système. Mais cela vaut le coup (comme on dit basiquement) de faire des comparaisons, des tentatives et d’analyser les alternatives possibles.

          Je vous assure, essayer c’est très vite adopter d’autres modes de fonctionnement. Surtout si les éléments de « prévention » vous sont excellemment expliqués (certes dans une autre langue mais de nos jours et en Suisse tout le monde parle & écrit au moins 2 langues couramment).

          Je comprends aussi que bien rares sont les patient(e)s qui comme moi-même enquêtent ailleurs, et je le fais depuis vraiment très longtemps déjà rien que par esprit de curiosité (et de comparaison). Et puis, enquêter ne fait de tort à personne.

          De plus, lire, se renseigner, s’éduquer dans une matière bien précise, c’est plutôt sain et cela ne coûte pas un kopeck. De mon côté, je joins toujours l’utile (= les Ctrl obligatoires) à l’agréable (= les découvertes et virées territoriales).

          A mon avis, les familles n’arrivent déjà plus à payer correctement (sans faire des montages budgétaires fantaisistes qui déraillent toujours un jour ou l’autre) et/ou elles sabrent dans des activités hors du foyer qui sont pourtant très importantes pour le développement des enfants et la sérénité du groupe familial.

          La LAMAL tue donc doucement mais sûrement. En maintenant fermement les gens dans une forme d’esclavage moderne, dont il faut absolument se distancer.
          Mais n’est-ce pas la volonté cachée de bien des politiques de remettre la populace en esclavage, sans qu’elle s’en aperçoive vraiment ? Autre débat.

          Au plaisir de vous lire. Bons messages. eab

  4. Merci Madame pour votre article. Le numerus clausus existe en médecine, en Suisse, depuis plus de 30 ans. Si les politiciens suisses avaient eu l’intention de résoudre le problème du manque de médecins, ils auraient donc pu agir depuis longtemps. Ils ne font rien pour deux raisons: la première car ils savent que les médecins étrangers viendront travailler en Suisse (et les conséquences éthiques n’ont pas d’importance). Et la seconde car ils savent que les jeunes suisses recalés iront étudier la médecine à l’étranger, puis viendront travailler en Suisse.
    Voilà un lien parmi d’autres: ttps://www.medinside.ch/fr/medecine-a-letranger-chaque-annee,-une-centaine-de-suisses-font-reconnaitre-leur-diplome-20250302

    1. @Michèle Herzog. Vous avez à mille pourcents raison. Juste un détail, c’est beaucoup plus de 30 ans ……
      Je me souviendrai toujours des travaux de certains anciens doyens FAC MED à ce sujet. Et sur le sujet, la Suisse souffre d’un syndrome hélas incurable, le syndrome du mensonge systématique. Et tout est bon pour maintenir la populace dans l’ignorance la plus crasse. eab

      1. Chère Eliane, Je pense que les explications du Professeur de philosophie, M. Reza Moghaddassi à propos de la santé devraient vous intéresser. Voilà le lien: ttps://essentiel.news/plaidoyer-pour-une-relation-eclairee-a-la-science-et-a-la-medecine/
        Cordialement, Michèle Herzog

  5. Ce pays est formidable ! Il ne forme plus personne, pour économiser, et se contente d’importer ses travailleurs, qu’il pourra sous-payer ! Ce pays ? Non, la caste qui est aux manettes ! Pas étonnant, dès lors, qu’elle soit vent debout, avec de substantiels moyens et des mensonges (le chaos! Alors que le chaos, c’est maintenant) contre l’initiative !

    1. A Jacques Davier: Félicitations pour votre excellent commentaire. Les dirigeants d’entreprises nous incitent à voter NON à l’initiative « Pour une Suisse à 10 millions d’habitants » en prétendant que cela créera le chaos, mais vous avez parfaitement raison de soulever que le chaos c’est déjà maintenant … Raison pour laquelle il faut voter OUI.
      Cordialement, Michèle Herzog

  6. Attention car le titre de l’initiative n’est pas « Pour une Suisse à 10 millions », mais « Pas de Suisse à 10 millions ! (initiative pour la durabilité) ». Merci d’accepter cette initiative.

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