Monsieur le Président de la Confédération,Mesdames et Messieurs les Membres du Conseil fédéral,
C’est le cri presque désespéré d’une vieille citoyenne que j’essaie de vous faire entendre avant le 27 septembre prochain. Merci de ne pas l’étouffer d’entrée de cause.
Avez-vous réfléchi au message que donne à l’international votre incitation à voter NON à l’initiative sur la neutralité ?
Vous savez bien évidemment que la neutralité est sans doute la seule question politique de notre Pays qui intéresse les autres États du monde, car elle est partie intégrante et de notre rayonnement politique et de notre prospérité et ce pour une raison principale, c’est qu’elle nous permet de bénéficier d’une présomption de bonne foi : nous ne « travaillons en sous-main pour aucune puissance étrangère camouflée ». Nous ne sommes pas, en soi, une « puissance » du point de vue des rapports de violence, ni une menace « envahissante », au sens démographique du terme. Mais nous sommes fiables ainsi que le prouve notre fidélité à notre parole donnée de neutralité.
Que peut signifier alors, pour les Etats étrangers – que notre « importance internationale », tant politique que commerciale et économique, irrite au plus haut point -, cette incitation que vous formulez, en tant que Gouvernement fédéral, à voter NON à une initiative sur la neutralité, sinon que vous êtes prêts à abandonner cette neutralité ? Car – et vous devez bien le savoir – à l’étranger, on ne se préoccupe pas des « finesses » que devrait illustrer votre explication selon laquelle la formulation du texte de l’initiative diminuerait votre nécessaire marge de manœuvre quand il s’agit de prendre des mesures indispensables à la protection du Pays ou à sa crédibilité dans le monde. A l’étranger, la lecture de votre attitude est la suivante : « le Gouvernement suisse ne veut plus de la neutralité ». D’ailleurs, c’est déjà ce qu’avaient cru comprendre et avaient donc claironné notamment M. Biden et M. Poutine, en 2022, au moment des sanctions contre la Russie après l’attaque de l’Ukraine ; ils avaient proclamé alors : « La Suisse n’est plus neutre ».
Les Gouvernements étrangers peuvent préciser maintenant : « La preuve, son Gouvernement s’oppose à un article constitutionnel ancrant les principes de base de la Neutralité ». Un vote négatif le 27 septembre serait une preuve supplémentaire de notre abandon de la neutralité même si subsistent, dans la constitution fédérale les art.173 al. 1 let. a et 185 al. 1er consacrant respectivement la compétence de l’Assemblée fédérale et celle du Conseil fédéral pour « prendre les mesures nécessaires pour assurer l’indépendance et la neutralité de la Suisse ». Personne à l’étranger n’a jamais lu ces articles-là, repris d’ailleurs de la Constitution de 1874.
Et que se passera-t-il si – par bonheur – l’initiative sur la neutralité est approuvée le 27 septembre ? Qui, à l’étranger respectera encore un Gouvernement collégial (7 membres) désavoué par la majorité de son peuple et des Cantons ? Vous aurez perdu la confiance de vos concitoyens et le Pays aura perdu toute crédibilité à l’étranger, en tous les cas jusqu’aux élections de l’automne 2027 et c’est long, une année sans crédibilité sur le plan international. Cela causerait beaucoup de tort à notre Pays.
Au stade actuel, afin de limiter les dégâts et peut-être de sauver la face, la seule attitude serait au moins de ne pas prendre part à la campagne en précisant que c’est par respect pour la liberté de décision des citoyens et des Cantons. Il faut parfois beaucoup d’humilité et de patriotisme pour se taire !
Bravo Madame. J’espère qu’ils vous repondront.
Tout est dit et tellement bien dit, chapeau bas Madame Sandoz.
Merci Madame Sandoz pour votre avis éclairé.