Entretenir la haine et le désir de vengeance : une responsabilité sociétale
Le terrible drame de Crans-Montana a été l’occasion pour certains de rappeler que la haine et la vengeance peuvent être des éléments de résilience pour les victimes. C’est en effet une réaction connue, naturelle et, je dirais même, compréhensible de la part des victimes. Mais pour autant est-il nécessaire de flatter et d’encourager ces sentiments ?
Cette question concerne chacun de nous personnellement, mais c’est en fait une vraie question sociétale.
Il appartient à la société de rechercher les coupables d’une infraction, de les soumettre à un procès équitable, de veiller que les victimes reçoivent réparation, de fournir à ces fins aux victimes tous les moyens et toute l’aide nécessaires. Ces démarches permettront aux victimes non seulement d’être, dans la mesure du possible, dédommagées, mais, en outre, s’il y a condamnation des coupables, d’être en un sens vengées. Mais attention, ce n’est pas la société qui doit se venger. Elle a au contraire pour responsabilité fondamentale d’éviter de nourrir le désir de vengeance et le sentiment de haine qui sont des forces de mort.
Eviter d’encourager la haine et d’exciter le désir de vengeance compréhensibles des victimes, c’est la responsabilité fondamentale de la société
Comment la société peut-elle ou doit-elle s’y prendre à cette fin ?
La réponse est complexe, comme l’est la nature humaine, mais certaines mesures sont constantes (ou devraient l’être). Ainsi, la société a la charge :
- d’établir les faits le plus rapidement, le plus scientifiquement, le plus objectivement et le moins secrètement possible. En ce qui concerne le secret, il exige une recherche d’équilibre entre la nécessaire discrétion (qui permet d’éviter le risque de disparition, de destruction ou de falsification éventuelles de preuves, la vindicte populaire contre les « supposés coupables » que l’on prive ainsi de leur présomption d’innocence) et le légitime droit du public à l’information et des victimes à connaître la progression de l’enquête ;
- de garantir non seulement la parfaite indépendance des personnes chargées de l’enquête mais également leur crédibilité, c’est-à-dire déjà leur totale « apparence » d’indépendance ; ceci peut impliquer la nomination d’autorités autres que celles considérées comme « naturelles » ou directement désignées par la loi ;
- de protéger l’enquête de tout risque de « perversion » par la politique ou le politique – (petit clin d’œil en passant à Mme Meloni) – donc d’une violation du principe de la séparation des pouvoirs;
- de résister à la tentation de faire d’un cas un exemple, au risque d’alourdir des sanctions en violant le droit des accusés à un procès équitable.
A ces règles « pratiques » qui découlent surtout des lois de procédure et parfois d’un élémentaire bon sens s’ajoute un principe fondamental en droit pénal : le droit à la prescription. Ce n’est pas le droit à l’oubli mais celui au pardon de la société et ce, même pour le pire des malfrats, quand un certain temps (fixé par la loi) s’est écoulé sans qu’il ait été jugé. La question de la prescription est toutefois un problème très spécifique qui ne joue pas de rôle particulier en l’espèce où la procédure semble avancer au galop! On peut même dire que la menace de la prescription de l’action pénale est parfois un aiguillon capable d’accélérer une enquête.
Mais revenons maintenant à la haine et à la vengeance.
La société doit éviter absolument de les exciter et de s’en repaître, mais quel est, à ce point de vue, le rôle de la presse ?
Sous prétexte d’information, jusqu’où doit-elle ou peut-elle aller, la presse, dans le rappel insistant du déroulement et des suites des événements douloureux, dans le détail des enquêtes, dans la chasse aux témoins, le questionnement des victimes ou des supposés coupables, la quête aux fuites ?
Ainsi que pour les limites de l’humour, la réponse est une question d’éthique, d’éducation et de respect d’autrui. Le rôle de la presse peut être considérable : contribuer à entretenir et grossir les pires ressentiments haineux et les besoins de vengeance ou au contraire aider à un apaisement. C’est alors que l’on peut mesurer la portée bénéfique ou destructrice de la liberté de la presse et de la liberté d’opinion. Comme toutes les libertés, celles-ci présupposent un sens de l’honneur et de sa responsabilité envers autrui.
Le drame de Crans-Montana sera-t-il un cas d’école?
Le pardon !
https://youtu.be/YT7P7V1mXQg?si=uYkaIYh7KR5NaOp6
Sans affirmer qu’elle suscite la haine, je trouve qu’une certaine presse « en fait des tonnes » (comme on dit) sur ce drame. Bilck a créé un fil d’actualités qui n’en rate pas une. Rien que pour le 28 janvier:
7h42: Les enquêteurs valaisans…
9h12: Sorti du coma…
14h42: La banque française du couple Moretti…
16h31: 9 blessés de Crans-Montana…
17h40: Le Conseil fédéral…
18h04: Le Ministère public…
Est-ce bien raisonnable?
Cette immense question sociétale est aussi, pour notre société judéo-chrétienne (ou ce qu’il en reste), une question éthique et théologique: ne vous posez pas en juges…(Matt.7,v.1-5, trad.TOB). Vous l’abordez d’une manière magistrale. En effet, le rôle de la presse devrait aussi s’en inspirer, au lieu de « souffler sur les braises » comme elle le fait parfois.
De même pour les futures élections complémentaires de mars 2026 au Conseil d’Etat vaudois, lorsqu’on lit (Le Temps, 28.01.2026, bas p.7) que certains élus PLR veulent « se débarrasser de Valérie Dittli ». C’est un autre sujet, mais c’est aussi de la haine.
La responsabilité sociétale consiste aussi à s’offusquer quand le pouvoir judiciaire ne réalise pas son travail de façon sérieuse … Les victimes de cette tragédie méritent d’obtenir toute la vérité dans les meilleurs délais et j’espère très vivement que ce sera le cas. Pour l’instant, les articles de presse nous apprennent depuis un mois qu’il existe des dysfonctionnements … Il est donc normal que les victimes et les citoyens soient en colère. J’espère que le ministère public valaisan comprendra qu’il est impératif et urgent de restaurer la confiance.
@Michèle Herzog: Par rapport au Valais de l’Ouest, je doute fort d’une quelconque justice « complète ». Il faut avoir vécu au sein de ce Canton (et tout près de CM) et avoir subi l’épreuve du feu (entre autres blessures dues à un mauvais entretien généralisé) dans un complexe d’appartements (dont certains de vacances), complexe immobilier très mal entretenu à tous les points de vue, ce qui est impossible à contrôler avant d’y venir depuis l’extérieur du pays.
Et donc, via ce type d’expérience qui marque à vie, on comprend très vite à quel point les valaisans de l’Ouest se foutent de tout du point de vue « entretien des biens immobiliers » et « sécurité basique » des hôtes ou autres, peu importe. En sus, tout le monde rigole grassement, même lorsque les pompiers doivent intervenir (vécu, je sais de quoi il retourne). Ici je ne cite que le problème du feu, pas tout le reste qui est encore plus grave (blessures physiques en raison du mauvais entretien intérieur d’éléments du logement).
Mon avis est que les valaisans n’ont aucun intérêt à ce que toute la vérité soit faite sur ces très tragiques évènements. Cela nuirait à leurs petites combines (non officielles) et à leurs méthodes ancestrales (et entre familles) si typiques du Haut-Plateau. Mais chacun est libre de penser comme il(elle) le souhaite.
Je ne souhaite à personne de vivre ce que j’ai vécu, avec blessures, tout près de CM.
Le Ministère public fait fausse route. Depuis le tout début un procureur extraordinaire aurait dû être nommé. Il n’y aura qu’une parodie de justice en Valais de l’Ouest (quelle tristesse pour les victimes). Mais encore une fois, il faut avoir vécu soi-même le très mauvais entretien d’un logement et en parallèle les grasses rigolades d’un propriétaire indélicat pour comprendre ce qui se passe sur ce Haut-Plateau. La confiance est rompue ad vitam aeternam. Et je ne me prive pas de relater cet épouvantable épisode « valaisan » en Italie du Nord, en Allemagne et en Autriche. Au plaisir de vous lire. eab
Chère Eliane,
C’est désolant de lire tout ce que vous avez subi!
Il y a tant de combines sur le Haut-Plateau et dans les stations touristique, c’est affligeant.
Mais là, c’est beaucoup trop grave pour que l’affaire reste sous le tapis.
Cette enquête porte sur les circonstances ayant entraîné la mort de 41 personnes et les blessures de dizaines d’autres.
Elle a certes commencé dans la douleur. Et sincèrement, je ne voudrait pas être à la place des enquêteurs valaisans, car il y a bcp trop de pressions et de coups de tous les côtés, notamment de la presse, ce qui est anormal, comme le souligne avec lucidité Madame Suzette Sandoz.
Une enquête de cette nature est là pour établir les faits le plus précisément possible, et non pas pour satisfaire la vindicte populaire. Si l’enquête est perturbée quotidiennement par le bruit médiatique, cela devient très compliqué.
Cela dit, je pense que l’enquête sera plutôt sérieuse, car le risque de désaveu à tous les niveaux est trop important (public, politique, judiciaire et médiatique).
Et si la justice valaisanne est sous pression, il y a aussi des personnes qualifiées et compétentes là-bas. Peut-être que je suis trop optimiste sur ce coup-là – nous verrons.
Malgré cela, à la fin, je suppose que personne ne sera content lors du verdict, car comment être satisfait après la mort de tant de personnes? C’est impossible.
Enfin, la presse: elle se limite aux scandales dans les périphéries du pouvoir. A savoir les petits pouvoirs qui échappent au pouvoir supérieur, car nous vivons dans une phase de concentration des pouvoirs.
La presse n’ira pas regarder dans l’oeil du cyclone.
On l’a vu avec l’épisode Covid, vous ne trouvez pas?
Aucune enquête, aucune question dérangeante.
Alors certes, certains ici indiqueront des sites « alternatifs », mais malheureusement, la pluparts sont extrêment médiocres et remplis d’informations non-vérifiées, voire toxiques.
Bref, mieux vaut résiter avec nos quelques neurones fonctionnels et papoter de temps en temps sur le modeste blog de Madame Sandoz, plutôt que de suivre la presse grand-public ou celle dite « alternative », qui n’est qu’une imposture.
Nous vivons à une époque où tous ces instruments appartiennent peu ou prou à des multinationales ou des Etats.
Mais, malgré tous ces efforts vers l’uniformité, il restera toujours des pensées indépendantes, dans chaque personne. C’est cela qui me console… La nature ne met jamais tous ses œufs dans le même panier.
Et heureusement, si vous n’êtes pas d’accord avec moi.
@Bonjour Samy, avant de filer pour une énième vadrouille trans-frontalière, quelques mots très brefs: je vous rejoins cinq sur cinq ! Et j’espère une justice exemplaire pour tous ces jeunes gens (et leurs familles).
Les cols au petit matin, avec le soleil qui se lève gentiment et immuablement, c’est divin et cela efface toutes les « combines humaines » du monde !
Belle journée. ea.
PS: par rapport au Covid, il faut se renseigner dans la zone grise que le corps médical ne révèle pas (mais en évitant les sites « alternatifs »s, comme vous l’écrivez fort justement, sites qui ne cherchent que des adeptes) et là on peut comprendre les motifs très concrets d’absence totale de contamination, sans vaccin. Officiellement, personne n’a intérêt à révéler ces motifs, cela nuirait aux finances des Pharmas qui ne supportent pas les courbes statistiques en déclin.
De toutes les façons, « officiellement » on nous ment tout le temps, alors louvoyer dans ce micmac, c’est presque un sport olympique sans médaille – purement intellectuel et fort satisfaisant.
Belle journée et au plaisir de vous lire. ea
Bien d’accord avec vous, nous avons à chercher le divin dans les petis bonheurs de la vie!
Qu ‘ il y ait eu des dysfonctionnements , que tout ne soit pas très net je l admets, mais je vous avoue être choquée lorque vous écrivez : » Et je ne me prive pas de relater cet épouvantable épisode » valaisan » en Italie du Nord, en Allemagne et en Autriche. » Je trouve cela détestable.. très » petit » …