J’ai d’abord failli m’étrangler de colère, mais, réflexion faite, j’éprouve de la reconnaissance envers le Service de la protection des monuments historiques des CFF d’avoir enfin compris la souffrance infligée depuis des années au Général Guisan, aux anciens conseillers fédéraux vaudois Chaudet, Chevallaz et Delamuraz, de devoir vivre dans ce Buffet de Gare où ils ne peuvent jamais humer le fumet d’une saucisse aux choux, d’un jambon rôti, d’un filet de porc aux morilles, d’une côte de bœuf sur le grill, d’un gigot d’agneau doucement aillé et qui sait, en période de chasse, d’une petite caille farcie aux épinards et foie gras. .. C’est assurément un peu grossier d’avoir prétexté – pour les faire jeter – que les photos de ces quatre grands Vaudois, faute d’être des portraits à l’huile, n’avaient pas de valeur artistique. Mais un service des CFF ne pouvait quand même pas avouer qu’il comprenait que nos quatre grands Vaudois habitués à voir dans un Buffet de gare un lieu d’accueil où l’on vous sert aimablement à votre table, où se croisent des voyageurs de tous les milieux et cultures, aspirant à un moment de calme entre deux trains, souffraient le martyre dans ce nouveau Buffet sectaire (strictement végane et végétarien), self service, où l’on doit faire la queue pour payer sa consommation au risque de manquer le prochain train. Peut-être que ce Service CFF prévoit d’orner les murs du Buffet des photos actuelles de la place de la Gare que les archéologues de l’an 3’000 étudieront avec intérêt, spéculant sur la cause d’un tel cataclysme.