Ces guerres totalement déshumanisées

La guerre a toujours été un fléau causé par les êtres humains, tuant, détruisant, violant, pillant, mais elle est en train de devenir encore pire : elle devient un « jeu » technique où la mort n’a qu’un rôle statistique. Ce qu’il faut, c’est être le plus fort en technologie de destruction et de renseignement. Peu importe les morts et les blessés. Ceux-ci ne représentent qu’une sorte de dommage collatéral, source de joie ou de fierté pour le belligérant qui a réussi à « liquider » un « chef adverse ». Des enfants, des femmes, des civils tués ou blessés, on ne retient qu’une statistique – preuve de l’excellence du matériel technique utilisé -, on ne voit qu’éventuellement, parfois, une ou quelques « rangées » de cercueils ou de « grands sacs noirs ».

La menace de destruction brandie par chaque Belligérant concerne des installations techniques vitales, des bâtiments indispensables, des joyaux architecturaux ou historiques ; et si des humains s’y trouvent, c’est à leurs risques et périls. Si ces destructions plongent la population civile de l’adversaire dans la misère et le dénuement, peu importe : la technique a fait la preuve de son excellence ; les nouvelles du monde « s’enrichissent » des images de colonnes de fumée noire, de gigantesques gerbes de flammes, de monceaux de ruines. Le ciel s’anime de mille feux de drones et de fusées, le spectacle est « magnifique », chaque Belligérant se gonfle de fierté. Au mieux, « récupérera-t-il » une victime de son pays pour justifier plus de vengeance et plus de haine, pour mieux vanter la perfection technique de son matériel de guerre.

Quand la guerre n’est plus qu’une compétition technique entre des chefs d’Etat gonflés de certitudes fanatiques, la civilisation agonise.

 

 

7 thoughts to “Ces guerres totalement déshumanisées”

  1. Oui, en effet, nos civilisations (et pas uniquement celle dite « judéo-chrétienne ) sont à l’agonie… Il fallait oser le formuler ainsi au lendemain des fêtes pascales de 2026. Cela est infiniment triste, mais c’est hélas une réalité voulue par certains chefs d’Etat. Mais pas de tous.
    Un aîné, né en 1938.

  2. Je suis bien d’accord avec vous. J’ajouterai que les éditorialistes des chaînes d’information continue amplifient encore ce sentiment qu’il ne s’agit pas d’une guerre réelle mais plutôt d’un jeu vidéo et certains que je ne nommerai pas semblent même s’en amuser. La guerre à distance, la guerre des drones qui donnent le sentiment que personne ne prend la responsabilité de la mort d’autrui. Je me souviens très bien des premières images que j’ai visionnées lors de la guerre du Vietnam, c’était très probablement en 1970, donc il y a de cela 56 ans. Ce qui est frappant, c’est que nous avions une bien meilleure connaissance du bilan des morts au sein de la population civile. Ceci s’explique par le fait que des reporters de guerre prenaient souvent des risques inconsidérés pour nous informer. L’information aujourd’hui se fait par des éditorialistes et autres experts confortablement assis dans des studios de télévision. Nous pouvons aussi déplorer que nous n’avons toujours pas et nous n’aurons certainement jamais un bilan des pertes civiles à Gaza.

  3. L’idée n’est pas si nouvelle que la civilisation soit menacée par une guerre devenue un jeu technique. C’est déjà ce qu’écrivait Bertrand Russell, le 24 août 1932, dans un article du New York American, intitulé: Do Governments Desire War? Traduction du premier paragraphe: « Dans tout pays civilisé, toutes les personnes capables d’appréhender des faits évidents reconnaissent que la prochaine grande guerre entraînera, selon toute vraisemblance, la fin de la civilisation. Ce n’est en aucun cas une question de parti; cela n’a rien à voir avec l’économie, la théologie ou toute autre question qui divise les hommes. Il s’agit uniquement du perfectionnement de la technique de guerre, notamment de la technique d’attaque. Les avions et les gaz toxiques ont rendu l’attaque beaucoup plus puissante que la défense et ont facilité l’attaque des populations civiles derrière les lignes. »
    Et de s’étonner ensuite que les gouvernements ne fassent rien pour éviter « le suicide de l’Europe ». On sait comment se termina la décennie en question; pourtant l’Europe et la civilisation sont toujours là.

      1. On peut se rappeler les paroles mises par Tacite dans la bouche d’un chef breton qui s’opposait à l’armée de Rome: « où ils font un désert, ils appellent cela la paix. »
        Et la suite de l’histoire, c’est l’écrasement des rebelles et le triomphe de l’armée romaine sur les « barbares ».
        Malheureusement, sous les appels à la démocratie et à la paix, on peut percevoir les volontés similaires de soumettre tout territoire qui s’opposerait à l’empire universel et à la soi-disant la « civilisation ».
        Malgré les guerres, et tous ses cadavres, cette pensée est toujours aussi puissante, car elle donne l’impression d’aboutir à un ordre définitif face au désordre.
        Assurément, cela semble une illusion de l’esprit humain, mais comment la déconstruire?
        En tant que juriste, c’est une vraie question, car le droit tente lui-aussi à aboutir à un système toujours plus cohérent, non?

  4. J’ai peur que vous ne résumiez parfaitement ce qui se passe aujourd’hui sur ce bon globe : « La civilisation agonise. » Les médias de toute sorte nous offrent le spectacle de ce qui se passe, et nous nous arrêtons à ce spectacle ; mais derrière tout cela, la véritable tragédie, c’est la mort d’une civilisation, et même plus, de l’humanité, au sens où ce qu’il y a d’humain en l’homme est en train de disparaître aussi.

  5. On est à l’ère de la guerre des IA et les IA n’ont pas de conscience. Ce qui fait peur c’est que ceux qui ont une conscience, les humains, sont soumis aux Intelligences Artificielles

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