Corruption à ciel ouvert

Six capitaines d’industrie, suisses, officiellement et publiquement reçus dans le bureau ovale du Président des Etats-Unis, en présence de celui-ci. Six capitaines d’industrie dont on apprend qu’ils ont offert de très beaux cadeaux à ce Président (une montre Rolex, un lingot d’or) pour essayer d’obtenir une baisse des droits de douanes infligés à leur pays, donc à leurs entreprises, comment qualifie-t-on cela ? De corruption active du côté des capitaines d’industrie, de corruption passive du côté du Président des Etats-Unis ? Le tout, au grand jour, « ad majorem Dei gloriam ». Quelles conclusions en tirer ?

 

La première conclusion, c’est que l’économie est en train de mettre la politique et la diplomatie au rancart

Le développement de la globalisation et de toute la technique informatique (gonflée par l’IA), a permis aux grands de l’économie de devenir les premiers décideurs mondiaux. Seuls ont vraiment de l’influence ceux dont la richesse égale ou dépasse le PIB des Etats. Ils parlent les yeux dans les yeux avec les chefs d’Etat et ne cherchent d’entente qu’avec leurs égaux. Ils ignorent les frontières, les cultures, les libertés politiques. Ils veulent être les maîtres du monde et s’y emploient.

 

La deuxième conclusion est d’abord une question : Dans quelle mesure, côté suisse, le Conseil fédéral était-il au courant de la démarche économique et l’appuyait-il ?

Si c’était le cas, cela signifierait que le Conseil fédéral est composé de fins stratèges et de fins psychologues. Il aurait décidé de se défendre sur le même terrain que le Président américain et serait parfaitement de mèche avec les capitaines d’industrie. Côté éthique, la démarche ne serait pas très reluisante, mais côté machiavélisme, ce serait le premier prix.

 

La troisième conclusion est aussi une question

Si la démarche réussit et que nous obtenions une vraie diminution des taxes, quel prix les capitaines d’industrie ont-ils – si le Conseil fédéral était de mèche – ou vont-ils, dans le cas contraire, exiger pour leurs services ?

 

La quatrième conclusion rejoint la première mais sous forme également d’une question

Comment la politique va-t-elle pouvoir reprendre la main, car l’économie n’aime pas la démocratie qui lui fait perdre du temps et quelle crédibilité ont les « valeurs démocratiques » quand le président de l’Etat le plus puissant du monde qui se vante de sa démocratie est aussi officiellement et publiquement corrompu ?

 

15 thoughts to “Corruption à ciel ouvert”

  1. Maitre Donald sur un trône installé
    Brandissait un tableau affichant ses tarifs.
    Maitre horloger par le chiffre affolé
    Lui porta sa pendule conçue en or massif.
    À sa vue, le roi se pâme devant un tel joyau;
    Il ouvre un gros stylo et laisse tomber son taux.
    Ni honteux ni confus, et c’est là que tout change,
    Il sourit largement devant tant de louanges.

  2. Ces capitaines d’industrie sont exactement les mêmes qui licencieraient, avec effet immédiat, l’un de leurs employés si celui-ci se faisait soudoyer, ne serait-ce qu’avec une bouteille de champagne, par un fournisseur pour obtenir du travail en sous-traitance.

    Autrement dit faites comme je vous dis et non pas comme je fais

  3. Chère Madame Sandoz,
    C’est bien la première fois que je ne peux vous suivre complètement dans votre raisonnement. Je défendrais votre 2e postulat, soit que le Conseil fédéral a consulté les capitaines d’industrie. Nous savons depuis la rencontre offensante de la Présidente KKS et de M. Parmelin par M. Trump que celui-ci attendait de la Suisse que nos entreprises se délocalisent en partie aux USA. On ne peut nier l’importance de l’économie sur la politique. Si le Conseil Fédéral a discrètement fait pression sur lesdites entreprises pour qu’elles prennent elles-mêmes les devants, c’est de la realpolitik car tôt ou tard les entreprises auraient délocalisé partiellement leurs activités pour le marché américain.
    La presse a monté en épingle les cadeaux offerts, un lingot d’or et une montre Rolex … offrir cela à Trump n’a pas plus de valeur financière qu’offrir une bouteille de vin lorsqu’on est invité. C’est sous estimer Trump que de croire que c’est par à ces cadeaux qu’il a diminué les taxes. Pour le bien de la Suisse, je me réjouis d’une certaine connivence et d’un équilibre entre les autorités et l’économie. Bien cordialement
    Didier Beuchat

  4. Je ne vous suit absolument pas dans votre raisonnement et surtout dans vos conclusions!

    Ces Capitaines d’industrie sont des gens hors pair, ils ont été capables d’expliquer la Suisse et leurs industries au Président des Etats-Unis. Ce sont des commençants et aussi des industriels habiles, ils sont très fortunés justement parce qu’ils sont capables d’infléchir une décision stupide en le démontrant avec habileté. Les cadeaux ne sont rien au regard des bénéfices que tout notre Pays en retirera. Plutôt que de les critiquer vous devriez louer leur action qui réjouit tous les gens responsables de notre économie. Façe a eux le Conseil Fédéral n’est pas grand-chose.

    Je ne vois aucun problème éthique à faire quelques cadeaux ridicules au regard de l’avantage que cette baisse de taxe représente. Je ne pense pas non plus qu’ils vont exiger quoi que ce soit en échange, ils ont déjà gagné et sont vrament à leur place. Bravo à eux et à leur initiative. Certains d’entre-eux connaissent certainement déjà le Président américain en privé.

    Quant à la démocratie elle n’a rien à voir là dedans!

  5. Professeure, c’est rare mais cette fois-ci je ne suis pas du tout d’accord avec vous. Je rejoins entièrement Didier Beuchat et CB. Les financiers et capitaines d’industrie assurent des emplois dans nos entreprises et ce n’est pas négligeable, bien au contraire, surtout en cette période difficile durant laquelle les faillites s’accumulent (surtout à l’ouest de la Suisse).

    Les cadeaux ne sont que pure routine et ne représentent que des peccadilles (hormis pour les Verts et les socialistes, d’ailleurs toujours et complètement à côté de la plaque).
    Depuis la nuit des temps, il y a des cadeaux entre gouvernants.

    KKS a vraiment très mal négocié lors de sa rencontre avec DT. La Suisse est si petite en comparaison avec les USA et KKS a complètement zappé la personnalité particulière de DT, dont il faut bien s’accommoder un certain temps (et en politique il y a toujours des surprises).
    KKS porte donc l’entière responsabilité de ce foutoir (presque fini ouf) en regard de son arrogance, de son manque d’entregent et de finesse dans les affaires financières du monde. Le Conseil fédéral a commis une grave erreur en l’envoyant négocier avec DT, car ce n’était pas du tout la bonne personne avec cet interlocuteur très particulier (on n’a ici pas le pouvoir de le changer, il faut s’adapter, pas d’autre choix).
    Même si c’est une excellente interprète, elle n’y connaît rien, mais vraiment rien du tout en relations internationales. Elle devrait d’ailleurs prendre des cours de rattrapage, avant de prendre sa retraite ! Je pense que l’IUHEI pourrait même lui offrir gratuitement quelques cours. « Annus horribilis » = l’année KKS.

    G. Parmelin a réussi à plus ou moins réparer les dégâts et à faire diminuer le taux imposé précédemment. Je reconnais là ses aptitudes au consensus, déjà très marquées à l’école secondaires (Rolle), et à ramener le calme et le bon sens après la tempête.
    Néanmoins, à mon avis un CF ne devrait pas s’employer à corriger les conneries d’un autre CF. Cela donne une très mauvaise image de mon pays, une image floue, une image de manque d’unité. Ce n’est pas bon ni sur le court terme, ni sur le long terme. Et ce n’est pas bon pour le business.

    Enfin, la Presse généraliste = Poubelle. Toujours prompte à l’exagération et à tout monter en épingle. Jamais prête à reconnaître ses excès ni à écrire, a posteriori, des articles de fond. Et nous l’avons bien vu dans cette affaire …… un mic-mac « people », rien de profond et/ou de sérieux.

    Bons messages. eab

  6. Madame Sandoz, vous faites dans l’angélisme si vous croyez que les cadeaux aux décideurs sont des exceptions. Dans le cas présent c’est parce que des patrons d’entreprises ont mis la main à la pâte que des résultats concrets ont été obtenus. Ils ont parlé le langage du businessman Trump quand le conseil fédéral était incapable de comprendre le mode de fonctionnement du président US.
    Parler de corruption est hors de propos, contrairement à ce que vous semblez croire il est d’usage d’être cordial dans ce monde mercantile.

  7. Chère Madame,
    Je pense que vous avez parfaitement raison sur le fond, et donc sur les principes qui devraient présider à des relations internationales bien comprises. Et Mme Keller-Sutter avait également parfaitement raison sur le fond. Vous auriez vraisemblablement obtenu le même résultat que notre présidente face à M. Trump.

  8. Il n’est en effet pas souhaitable que l’économie prenne l’ascendance sur la politique. En somme, il suffit que quelques capitaines d’industrie parlent le même langage que M. Trump pour que ce dernier réajuste le pourcentage de nos taxes d’exportation. Si certains observateurs considèrent cette façon d’agir comme du pragmatisme, j’estime pour ma part que ce n’est que de la compromission.
    M. Stéphane Garelli a rappelé très justement lors d’un journal télévisé qu’il n’est pas exclu que M. Trump change à nouveau d’avis et j’ajouterai « au gré de son humeur ». On verra.

  9. Les critiques (y compris KKS) se fondent sur la théorie du libre échange pour justifier l’excédant commercial avec les USA. Fort bien, Sauf que c’est une théorie qui ne résiste que très mal à la réalité. Prenons la théorie de Ricardo de la spécialisation, selon laquelle les pays ont intérêt à se spécialiser chacun ce qui produira plus de bien-être pour la population grace à l’augmentation des échanges. Mais, le monde n’est pas extensible à l’infini et très vite des barrières aux échanges interviennent, comme p.ex. les mouvements sociaux, les subsides, les lobbies ou plus simplement la corruption, Le libre-échangisme est un paravent de bienséance. Donc, ces gens qui poussent des cris d’indignation ne m’impressionnent pas. En revanche, ce qui choque en Suisse, oui, c’est que les tarifs douaniers puissent être décidés par un seul homme. Très peu en conformité avec notre tradition.

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