A quoi sert une commission d’éthique ?

La Loi sur la procréation médicale assistée (LPMA) prévoit, à son art. 28, que « le Conseil fédéral institue une Commission nationale d’éthique» dont le rôle consiste, notamment, à « favoriser la discussion sur les questions d’éthique au sein de la société ».

Avez-vous déjà lu dans les journaux ou entendu parler à propos d’une discussion au Parlement au sujet de la PMA d’une question d’éthique posée par la Commission d’éthique ? Personnellement, jamais, ou en tous les cas jamais de la question fondamentale dans ce domaine : existe-t-il un « droit à l’enfant », comme il existe un droit aux prestations complémentaires, un droit aux vacances, un droit à l’AVS etc ? Pour résumer : l’enfant est-il une bien  (une chose) que l’on a le droit de se procurer ou de revendiquer à certaines conditions ?

 

Certes, la LPMA dispose, à l’article 3, que : « La procréation médicalement assistée est subordonnée au bien de l’enfant », mais le « droit à l’enfant », s’il existe, serait un droit des parents et non pas un « bien de l’enfant ». Quant à la subordination du don de sperme au bien de l’enfant, la question n’a jamais été posée officiellement, à notre connaissance, de déterminer dans quelle mesure le fait (comme le dit la loi) d’interdire à un enfant conçu au moyen d’un tel don d’avoir pour père le donneur dont il tient la moitié de lui-même et d’entretenir avec lui des relations de filiation contribue à son bien. C’est pourtant l’interdiction qui frappe en particulier l’enfant d’un couple de lesbiennes depuis l’introduction du mariage pour tous.

 

Vu l’état actuel du droit suisse, selon lequel le don d’ovule et la mère porteuse sont encore interdits, on n’a évidemment pas eu l’occasion de poser la question du bien de l’enfant à qui l’on interdirait d’avoir pour vraie mère la femme qui l’a porté ou/et celle dont il a reçu la moitié de lui-même.

 

A la différence de maints droits étrangers, en Europe ou dans le monde, le droit suisse n’autorise pas une femme seule à recourir à un don de sperme pour avoir un enfant à elle seule. Or, selon les dernières informations, la question de la levée de cette interdiction est en discussion au Parlement fédéral.

Quel journaliste demandera et publiera la position officielle de la Commission d’éthique sur le sujet ? Quel parlementaire développera à la tribune la notion du « droit à l’enfant » ? Qui expliquera en quoi ce mode de PMA est subordonné au bien de l’enfant ?

Ce que l’on entendra ou lira probablement c’est que, du moment que seuls des pays étrangers – et non la Suisse – permettent à des femmes seules de recourir au don de sperme et qu’un traitement à l’étranger coûte cher, voire très cher, le droit suisse crée une inégalité entre les femmes seules pauvres – qui ne peuvent s’offrir le traitement à l’étranger – et les femmes seules riches qui le peuvent. On relèvera avec des trémolos dans la voix que cette « inégalité » sociale constitue une « injustice sociale ». Mais qui osera affirmer que cette « injustice » n’est réelle que s’il existe un « droit à l’enfant » ? Et nous voilà revenus au point de départ où l’on attend toujours l’avis de la Commission d’éthique et une vraie réflexion générale.

 

 

 

Et si les parents donnaient l’exemple?

La question est d’actualité : comment faire pour empêcher les enfants de passer trop de temps sur leur téléphone portable ? Faut-il interdire ces objets ? Dans certains lieux ? Par exemple dans les préaux scolaires – avec succès, semble-t-il ! –  A certaines heures ou à certains moments ? Pendant les repas, au lit, pendant les cours, en marchant ?

Une seule question fait toujours défaut : les parents devraient-ils donner l’exemple ? Et pourtant, n’est-ce pas la première question qui devrait venir à l’esprit ?

Est-il souhaitable qu’une mère ou un père se promène avec son enfant – à la main ou en poussette, voire côte à côte – et regarde ou écoute son téléphone plutôt que de sourire ou parler à son enfant ?

Est-il heureux que les enfants et les adolescents voient les adultes déambuler sur les trottoirs, traverser la route, le nez, l’oreille ou les doigts collés sur leur téléphone ? A vrai dire, les transports publics dont on ne cesse de nous vanter les avantages, ne cherchent-ils pas à nous obliger à nous promener en tenant notre téléphone à la main afin de vérifier les horaires, d’oblitérer à temps un billet pour éviter une contravention ?

Comme maints pédagogues l’ont déjà découvert et dit à souhait : la meilleure éducation des enfants, c’est  … la conduite des adultes… dont leurs parents font partie… en principe !

Rien de nouveau sous le soleil

Si vous êtes, comme moi, lecteur du journal « Le Temps », vous aurez découvert, hier 13 mars, en page 11, un article du plus haut intérêt scientifique intitulé « Notre projet scientifique de compostage humain naturel est une première ».

A vrai dire, je ne suis pas sûre que ce soit « une première », puisque, le dimanche 29 février 2020, j’avais lu, lors de l’émission des Beaux Parleurs, la chronique suivante , intitulée « Compostinhumation » qui commençait ainsi :« Sans doute avez-vous appris comme moi par la presse de début janvier que l’Etat de Washington vient d’admettre, en tant que pionnier, le compostage humain, c’est-à-dire le recyclage des corps des défunts en engrais naturel. Je ne plaisante pas. »

Certes, à la question du journaliste  du Temps du vendredi 13 mars 2026 :« est-ce que vous vous basez sur des expériences déjà menées dans d’autres pays ? », le professeur lausannois supervisant l’expérience dont le but est de « déterminer si ce procédé de transformation des corps pourrait être proposé dans le futur comme alternative à l’incinération et à l’inhumation » a répondu ce qui suit :  « Le compostage humain en milieu confiné dans un caisson et contrôlé est lui déjà légalisé dans plusieurs Etats des Etats-Unis, mais il a un coût énergétique… Cependant nous, nous étudions directement cette finalité, avec un but scientifique… ».

On apprend alors dans l’article du Temps que l’Université de Neuchâtel a fait une expérience avec des corps de cochons laissés dans un bois pour observer leur décomposition. Mais un problème tient au fait que, je cite « les cochons ne fument pas », qu’on ne connaît ni leur « statut diabétique », ni « leurs maladies cardiovasculaires » et que « ils ne mangent pas la même chose que nous ». Sur ce dernier point, entre nous, on pourrait facilement corriger le tir puisque les porcs sont, comme nous, omnivores !

Mais revenons à ce projet scientifique qui est une « première ».

Je prétends, en toute immodestie, avoir fait un premier tour des problèmes dans la chronique de 2020 – publiée dans le petit livre « Grain de sable » paru à fin 2025 – en écrivant notamment ce qui suit :

« Il faudra… déterminer quelle catégorie de corps conviendra mieux à tel ou tel genre de terre ou à telle ou telle culture.

 » Pour un sol pauvre, on recommandera des morts gras. On choisira évidemment les nains compostés pour la culture des choux de Bruxelles, dits aussi « petits choux » ; on privilégiera les diabétiques pour la culture de la betterave sucrière et les blondes pour le blé.

… Certaines familles risquent d’être plus demandées que d’autres, ce qui pourrait nuire à l’égalité et justifier une compensation par des taxes personnalisées de compostage.

… Certains morts ne pourront pas être compostés dans la mesure où la cause du décès serait une maladie très contagieuse, telle l’Ebola…  On retrouvera donc une ségrégation après le décès, ces macchabées-là étant classés « inutilisables ». Peut-être faudra-t-il prévoir une extension de la norme pénale anti-discrimination pour éviter les appels à la haine et au mépris.

Pour des raisons de santé publique, il va de soi qu’il faudra aussi vérifier si la consommation régulière et souvent abondante de médicaments ne risque pas d’être à l’origine d’une pollution chimique du sol pire encore que les actuels pesticides. Il faudra donc des compostés certifiés « bio ».

…. Enfin, pour finir sur une note plus joyeuse, on imagine avec un certain attendrissement les jardinets individuels dont chaque carreau, chaque arbre, chaque buisson portera un écriteau avec le nom de l’engrais utilisé. Ce sera les géraniums tante Gémina, les scorsonères Grand’Mère, les radis Oncle Picsou, les courgettes Suzette, les cardons Macron… »

Et je vous fais grâce du reste. L’imagination n’a pas de limite, même quand il s’agit de la science…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y a enquête pénale et enquête pénale

Presque jour après jour, nous sommes informés de la progression de l’enquête relative au terrible drame de Crans-Montana ; aucun détail nouveau ne nous est épargné, en particulier quand il s’agit de mieux noircir certaines personnes « présumées innocentes ». L’accident est incontestablement terrible et je m’associe totalement à la peine de toutes les victimes.

Mais on ne peut s’empêcher de comparer cette publicité à la discrétion qui entoure certaines enquêtes, par exemple, celle, ouverte spontanément par le procureur du Canton de Vaud au sujet du bouclier fiscal. Aucune curiosité journalistique à ce sujet : est-ce une enquête contre inconnu ? Pour quel motif pénal ? Comment avance-t-elle ? Le procureur a-t-il ordonné la saisie de certains dossiers ? A-t-il déjà entendu plusieurs personnes ?

Certes, plaie d’argent n’est pas mortelle, mais un dysfonctionnement administratif grave qui dure plusieurs années peut être mortel pour la confiance des administrés et le fonctionnement de la démocratie.

Le fait que le Grand Conseil soit parvenu, grâce à certaines contorsions politiques, à remplacer la Commission d’Enquête Parlementaire (CEP) – refusée notamment par le PLR moins une voix – par une Commission de contrôle de moindre envergure dont il est dit qu’elle ne pourra fournir de rapport avant une année au moins a-t-il rendu toute enquête pénale inutile ? Ou, plus simplement, la désignation de cette Commission de contrôle a-t-elle une influence quelconque sur cette enquête pénale ? En une année, on oublie bien des choses ! Serait-ce une chance ? Ou bien  l’enquête spontanée n’était-elle qu’un leurre ? Trop de silence finit par stimuler l’imagination.

Santé: mot dangereusement ambigu

Quel est votre état de santé : êtes-vous en bonne ou en mauvaise santé ? La politique de la santé est un vrai casse-tête pour les Etats.

Le moins que l’on puisse dire c’est que, dans les expressions ci-dessus, le mot « santé » n’a nettement pas toujours le même sens.

Dans les deux premières questions, on s’adresse à une personne qui répondra de manière très « individuelle », selon qu’elle est ou n’est pas atteinte d’une maladie, qu’elle souffre ou ne souffre pas d’un handicap, qu’elle se sent moralement ou/et physiquement bien ; deux personnes différentes, atteintes éventuellement d’une même maladie ou d’un même handicap, peuvent s’estimer, l’une en bonne santé, l’autre non, selon des critères d’appréciation très personnels. Chacun l’apprécie en fonction de l’entier de sa personne.

Quant à la politique de la santé, bien fol est qui pourrait la définir exactement. Cette tâche étatique implique la capacité, pour un Etat, d’assurer des lieux de soins suffisants, même en cas de crise, pour sa population, des formations médicales excellentes et assez nombreuses, du personnel soignant (médecins en toutes spécialités compris) en nombre suffisant. Il va de soi que lorsqu’une population est en bonne santé, elle ne coûte pas très cher. Ce n’est pas la santé qui coûte, en effet, mais la maladie ou le handicap. La politique de la santé devrait en réalité s’appeler politique de lutte contre les maladies et les handicaps.

En conclusion de ces différents constats, il est évident que :

1. définir la « santé », ainsi que le fait l’OMS, comme un « état de complet bien-être physique, mental et social ne consistant pas seulement en une absence de maladie et d’infirmité » est une pure et simple utopie. La santé est en fait indéfinissable. Mais une des atteintes les plus courantes à la santé est en effet la maladie ou l’infirmité dont la cause peut être mentale, voire sociale et non seulement physique.

2. état indéfinissable, la santé ne saurait être « un droit fondamental de l’être humain » contrairement à ce que dit également l’OMS ; un droit sans contenu clair n’est pas un droit et à plus forte raison n’est pas un droit fondamental !

 

Mais  il reste encore à dissiper un malentendu

Celui qui est atteint dans sa santé doit être soigné en pleine connaissance de l’entier de sa personne. C’est ce qui fait que la médecine est un art, c’est-à-dire une science humaine, et non pas une science dure réservée à ceux que l’on appelle « les scientifiques. » En conséquence, la politique de la santé doit favoriser ou faciliter et non pas entraver l’exercice de la médecine par les médecins. Or des règles universelles et contraignantes en matière de santé comme voudrait en établir l’OMS notamment en cas de pandémie sont inconciliables avec le respect de la spécificité de l’art médical et de la nature humaine.

Pendant la dernière pandémie, on a ignoré ces réalités, et les souffrances morales, psychiques, physiques, sociales, économiques causées par cette ignorance sont encore bien présentes et douloureuses aujourd’hui.